Poésie des chansons: Motörhead “Suicide”

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Lemmy Kilmister | Poésie des chansons: Motörhead

Les beaux textes méritent d’être mis en avant et décryptés. Aujourd’hui, nous allons évoquer un courant musical rarement plébiscité pour la qualité de ses paroles : le hard rock. Le groupe Motörhead, fondé et dirigé par Lemmy Kilmister (1945-2015), a pourtant toujours proposé des textes d’une rare qualité poétique.


 

Certes, Motörhead apparaît à juste titre comme un groupe aux sons rauques et violents – « le groupe qui joue le plus fort au monde », selon la formule officielle qu’aucun fan rendu sourd après un concert ne pourra démentir. Mais le discours sous-jacent des chansons ne saurait se réduire à un simple nihilisme de pacotille. Au contraire. Même si la vision du monde de Kilmister est sombre, même s’il ne croit ni aux lendemains qui chantent ni à la bienveillance des dictateurs populaires, il reste animé d’un idéal plus profond, d’un idéal pur et sauvage, qui évoque d’une certaine façon la dialectique négative d’Adorno : pour protéger l’idéal, il faut d’abord rester lucide devant la perversité des hommes et l’inéluctable corruption des bons sentiments.

A rebours de l’image habituelle du chanteur de hard rock, Kilmister était un homme courtois, qu’on disait dans sa vie privée très attaché aux bonnes manières. Les textes de ses chansons témoignent à la fois de son opposition à la société bien-pensante et de son attachement viscéral à une certaine forme de morale. L’homme aimait provoquer ; il aimait aussi se comporter dignement.

A titre d’illustration, nous vous proposons une traduction de la chanson « Suicide », tirée de l’album Inferno (2004).

Gloire à Lemmy ! Si le paradis avait existé, il serait en train de nous observer, goguenard, dans la félicité des cieux…

Stéphanie Kormann

La nuit est sur moi, elle brûle si noire
Qu’il n’y aura pas de lumière matinale.
La maladie fétide de l’espèce humaine
Tient le matin hors de notre vue.
Pourquoi ne pouvons-nous dire le mot secret ?
Personne ne respecte rien, partout règnent le feu et le déluge.
Ne vous attendez pas à ce qu’on vous épargne ou qu’on vous accorde le moindre répit.
Nous nous tordons de douleur dans notre propre sang et nous sourions malgré tout.

Il n’y a pas de soleil, juste des nuages ​​et une pluie empoisonnée,
Pervertie et glacée.
Nous sommes une nouvelle fois prisonniers d’un rêve.

Oui, vraiment, nos jours sont plus sombres à notre époque.
Nous nous mentons à nous-mêmes et nous trichons.
Si nous nous comportons ainsi, comment
Pourrons-nous dire la vérité à qui que ce soit ?
Il n’y a aucun moyen de nous en sortir ; aucune route ne s’ouvre devant nous.
Nous sommes détruits par nos propres ambitions.
L’air que nous respirons nous tuera tous,
Et il ne restera plus personne pour s’en affliger.

Il n’y a pas de soleil, juste des nuages ​​et une pluie empoisonnée,
Pervertie et glacée.
Nous sommes une nouvelle fois prisonniers d’un rêve.
Restez honnêtes, soyez vrais !
Faîtes ce que vous pouvez faire !
Faîtes-le vite, ou nous allons mourir.
Après quatre mille ans de civilisation, tout ce que nous avons obtenu, c’est un suicide.

S’il y a des dieux, alors dîtes-moi pourquoi
Ils sèment la mort sans jamais s’arrêter.
Cent mille milliers d’années,
Et il n’y a toujours aucune pitié dans l’esprit des hommes.
Quel mot devrions-nous psalmodier pour mettre un terme à tout ça,
Quelle incantation devrions-nous chanter ?
Comment pouvons-nous demander justice maintenant
Alors que le monde entier est en ruines ?

Il n’y a pas de soleil, juste des nuages ​​et une pluie empoisonnée,
Pervertie et glacée.
Nous sommes une nouvelle fois prisonniers d’un rêve.
Restez honnêtes, soyez vrais !
Faîtes ce que vous pouvez faire !
Faîtes-le vite, ou nous allons mourir.
Après quatre mille ans de civilisation, tout ce que nous avons obtenu, c’est un suicide.

 

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