Recension: Denis Collin “Introduction à la pensée de Marx”

0
Marx

Le philosophe Denis Collin vient de publier au Seuil une Introduction à la pensée de Marx. Né en 1952, professeur de philosophie, Denis Collin tente dans ses différents ouvrages de concilier marxisme et républicanisme. On lui doit notamment La fin du travail et la mondialisation (L’Harmattan, 1997), Morale et justice sociale (Seuil, 2001), Revive la République ! (Armand Colin, 2005), Comprendre Machiavel (Armand Colin, 2008), La longueur de la chaîne : essai sur la liberté au XXIe siècle (Max Milo Éditions, 2001) et Libre comme Spinoza (Max Milo, 2014).


 

Dans la pléthore d’hommages qui ont accompagné cette année le deux-centième anniversaire de la naissance de Marx, le livre de Denis Collin se distingue par une approche incisive et hétérodoxe du philosophe allemand.

Recension: Denis Collin "Introduction à la pensée de Marx"

Nous sommes éloignés ici du Marx doctrinaire inventé par les marxistes, et plus proche sans doute du Marx authentique, complexe et nuancé, à qui l’on doit peut-être l’analyse la plus pénétrante du système capitaliste. C’est d’ailleurs l’une des grandes forces de l’ouvrage que de revenir sur la genèse du marxisme orthodoxe, voué à simplifier et parfois à dénaturer la pensée de son père fondateur. Loin d’être un fanatique du sens de l’histoire convaincu que la révolution prolétarienne est inéluctable, Marx a au contraire toujours insisté sur la singularité des circonstances historiques et l’absurdité du discours mécaniste, qui réduit le cours du temps à une marche ininterrompue et linéaire vers le progrès. L’homme n’est pas un sujet passif soumis aux forces extérieures.

 

Marx reste éminemment actuel au XXIe siècle, parce qu’il nous aide à comprendre les contradictions internes du régime économique qui se déploie sous nos yeux.

Marx reste éminemment actuel au XXIe siècle, parce qu’il nous aide à comprendre les contradictions internes du régime économique qui se déploie sous nos yeux : le capital ne s’enrichit qu’en spéculant sur l’avenir et en provoquant des crises cycliques de rendement, dont la répétition sème le chaos et attise la révolte des peuples. La crise de 2008 a de ce point de vue parfaitement exemplifié la logique d’une finance de plus en plus déconnectée de l’économie réelle, boostée aux actifs toxiques et à la rentabilité à court terme, qui, en assurant la fortune des spéculateurs, propulse le système à grande vitesse dans un mur de béton !

« Si, comme les optimistes le pensent, la population mondiale se stabilise autour des années 2050, alors on peut conjecturer la fin de la croissance capitaliste et une période de stagnation qui n’est rien d’autre que la mort de ce système. En résumé, nous n’avons pas moins mais plus de raisons que Marx de penser que le mode de production capitaliste est historiquement condamné. À quoi cédera-t-il la place ? Le pire reste possible. Mais précisément, avec Marx, nous devons nous rappeler que les hommes font eux-mêmes leur propre histoire. »

Thibault Isabel

Denis Collin - Karl Marx

 

 

Laisser un commentaire