Aphorismes: Castoriadis, Lasch, Illich, Gramsci, Tocqueville, Arendt

    Aphorismes citations

    Les grands auteurs ont laissé de grandes phrases, qu’il nous faut à présent méditer. Passons donc en revue quelques-uns des penseurs les plus inactuels – et pour cette raison les plus nécessaires à notre temps.


     

    Cornelius Castoriadis

    Né le 11 mars 1922 à Constantinople et mort le 26 décembre 1997 à Paris. Philosophe, économiste et psychanalyste grec, fondateur avec Claude Lefort du groupe « Socialisme ou barbarie », il consacra une grande partie de son œuvre à la notion d’autonomie et fut économiste à l’OCDE, de 1948 à 1970, mais aussi directeur d’études à l’EHESS à partir de 1980.

     

    « L’idée de faire table rase de tout ce qui existe est une folie conduisant au crime. »

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    « Nous cherchons à comprendre ce qui, dans ce monde social-historique, meurt. Nous cherchons aussi à trouver ce qui y est peut-être en train de naître. »

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    « Une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter : il y a des choses qu’on ne peut pas faire, qu’il ne faut même pas essayer de faire, qu’il ne faut pas désirer. »

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    « La société est dominée par une course folle, définie par ces trois termes : technoscience, bureaucratie, argent. Si rien ne l’arrête, il pourra de moins en moins être question de démocratie. La privatisation, le désintérêt, l’égoïsme, seront partout – accompagnés de quelques explosions sauvages des exclus, minoritaires et incapables d’avoir une expression politique. »

     

    Aphorismes: Castoriadis, Lasch, Illich, Gramsci, Tocqueville, Arendt


     

    Christopher Lasch

    Sociologue et historien américain né en 1932 et mort en 1994, il mène ses études sous l’égide de Richard Hofstadter et intègre le milieu universitaire. Très influencé par l’école de Francfort, il développera une réflexion critique sur la société industrielle et le système des médias, dans une veine souvent psychanalytique. D’abord proche de la New Left, il s’indignera ensuite de l’épuisement de la culture populaire, dénigrée par les élites et transformée selon lui en « culture de masse narcissique », puis tentera de réhabiliter le populisme agrarien américain. Il fut également un historien de la famille et du couple.

     

    « La publicité sert moins à lancer un produit qu’à promouvoir la consommation. »

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    « La disparition de presque toutes les formes d’association populaire spontanée ne détruit pas le désir d’association. Le déracinement déracine tout, sauf le besoin de racines. »

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    « Loin d’assister à la démocratisation de la culture, il semble que nous soyons plutôt les témoins de son assimilation totale aux exigences du marché. »

     

    Christopher Lasch


     

    Ivan Illich

    Né en 1926 à Vienne et mort en 2002 à Brème. Penseur de l’écologie politique et figure majeure de la critique de la société industrielle, il devient prêtre après la guerre et reçoit la charge de vice-recteur de l’Université catholique de Porto Rico, mais quitte ses fonctions à la suite d’un différend avec la hiérarchie de l’Église, représentée par deux évêques qui, participant à la vie politique, s’opposent à tout candidat qui voudrait légaliser les préservatifs. Pour Illich, entre la bombe atomique et les préservatifs, l’Église se trompe de cible. Il sera toute sa vie un rebelle et un insoumis.

     

    « Notre société force ses victimes à coopérer à leur propre oppression, qui prend la forme d’une tutélaire sollicitude. »

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    « La surabondance de biens mène à la rareté de temps. »

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    « Une société conviviale est une société qui donne à l’homme la possibilité d’exercer l’action la plus autonome et la plus créative, à l’aide d’outils moins contrôlables par autrui. La productivité se conjugue en termes d’avoir, la convivialité en termes d’être. »

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    « L’équilibre de la vie se déploie dans plusieurs dimensions ; fragile et complexe, il ne transgresse pas certaines bornes. Il y a certains seuils à ne pas franchir. »

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    « Tout homme doit savoir s’il veut la richesse matérielle et posséder encore plus de choses, ou s’il entend être libre de les utiliser. Il y a là deux manières de concevoir et son emploi du temps et ses barèmes de production. »

     

    Illich


     

    Antonio Gramsci

    Né en Sardaigne en 1891 et mort à Rome en 1937. Philosophe et théoricien politique italien, il fut un membre fondateur du Parti communiste italien, dont il fut un temps à la tête. Il a été emprisonné par le régime mussolinien de 1927 à sa mort.

     

    « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

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    « Il faut avoir une parfaite conscience de ses propres limites, surtout si on veut les élargir. »

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    « Je suis pessimiste par l’intelligence mais optimiste par la volonté. »

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    « Le malheur a habituellement deux effets : souvent il éteint toute affection envers les malheureux, et, non moins souvent, il éteint chez les malheureux toute affection envers les autres. »

     

    Gamsci


     

    Alexis de Tocqueville

    Né en 1805 et mort en 1859. Philosophe, homme politique et historien, on le considère aujourd’hui comme un des principaux fondateurs de la tradition sociologique.

     

    « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres. »

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    « Une nation fatiguée des débats consent qu’on la dupe, pourvu qu’on la repose. »

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    « En politique, ce qu’il y a de plus difficile à apprécier et à comprendre c’est ce qui se passe sous nos yeux. »

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    « Les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »

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    « En matière de presse, il n’y a certainement pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître. »

     

    Tocqueville


     

    Hannah Arendt

    Née à Hanovre en 1906 et morte à New York en 1975. Philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine, elle fut l’élève de Martin Heidegger et, pendant quelques années, l’épouse de Günther Anders. Ses réflexions sur le totalitarisme et la crise de la culture font d’elle une des philosophes politiques les plus importantes du XXe siècle.

     

    « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce que vous voulez. »

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    « S’il cesse de penser, chaque être humain peut agir en barbare. »

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    « La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat. »

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    « La pensée critique n’est possible que là où les points de vue de tous les autres sont ouverts à l’examen. »

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    « La principale caractéristique de l’homme de masse n’est pas la brutalité ou le retard mental, mais l’isolement et le manque de rapports sociaux équilibrés. »

     

    Arendt

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