Les Viagra Boys, miroir d’un monde fatigué

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Le rock est-il une musique de dingues? Incontestablement, quand on écoute les chansons des Viagra Boys… Certains adorent; d’autres détestent. Mais il y a là en tout cas quelque chose qui interroge notre modernité, un peu comme dans un roman de Houellebecq ou, plus loin en arrière, dans la littérature décadentiste de Huysmans. Alors écoutons du rock!


 

De son nom à sa musique en passant par le corps de son chanteur, à la fois maigre, flasque, tordu et couvert de tatouages ressemblant à des tags sur un mur pisseux, Viagra Boys, groupe de post-punk suédois, en dit long sur notre époque.

C’est du reste le grand intérêt du rock que d’être soit à l’image du temps où il se déploie, soit un commentaire de celui-ci. Les gamins du viagra sont les deux à la fois : des jeunes qui n’ont rien inventé et qui (en) sont déjà fatigués, mais qui ont toujours, et peut-être plus que jamais, une volonté inflexible de ne pas s’en laisser conter par quiconque.

Dans la marmite, quelques recettes et évocations évidentes si l’on a un peu de culture musicale : l’un de leurs morceaux est basé sur un riff de Bauhaus (Research Chemicals), un autre sur  un riff des Buzzcocks (Sports) et à peu près toutes leurs compositions renvoient à l’atmosphère énergique et dégénérée du duo Suicide. La basse est lourde, mixée en avant, parfois érodée d’un effet de distorsion. La batterie est simpliste, hypnotique et brutale, avec des baisses de régimes qui permettent des relances d’autant plus marquées et cet effet lancinant de la répétition, presque imperturbable, sans oublier des coups de cymbales secs qui marquent tous les temps. La guitare, plus rythmique que mélodique, sort quelques riffs et arpèges indistincts qui entretiennent la monotonie quasi-militaire ou, parfois, la font fleurir pour mieux la faire fanner. La ligne du synthétiseur est bruitiste, légèrement atonale ou plaquée par accords d’arrière-plan. Cerise sur le gâteau, un saxophone ténor agrémente le tout d’inutiles trilles mélodiques qui salissent encore un peu plus l’ensemble. Et tout cela ne serait rien, bien entendu, sans la voix de vieux fumeur au timbre grave, à la Iggy Pop, qui scande, insulte, moque plus qu’elle ne chante, parfois sous écho en fin de phrasé, avec une intensité fascinante.

C’est une musique qui donne envie de danser, de vomir de la bière et d’entrer dans une milice. C’est sale, c’est grotesque ; c’est une grimace et un rire con qui ajoute un point-virgule au désespoir. C’est du rock.

Frédéric Dufoing

 

 

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