Thibault Isabel: “Le sport, une éducation populaire?”

5

Le sport est-il l’opium du peuple que dénoncent nombre de sociologues ou plutôt un instrument d’éducation populaire? Thibault Isabel opte pour la seconde option et propose ici une petite philosophie du sport. Il nous parle des jeux olympiques en Grèce ancienne, mais aussi du sport contemporain – sans oublier d’évoquer son amour inattendu pour le catch!


 

Vous pouvez suivre Thibault Isabel sur FacebookTwitter, et Youtube.

 

5 Commentaires

  1. J’étais bien loin d’imaginer que Thibault Isabel était un amateur de catch !. Merci pour ce focus très intéressant sur le sport et sa noblesse et cet héroisme du quotidien. Au cinéma, seule la boxe je crois, a fait l’objet de films parfois remarquables. Mais il y eu aussi “Les chariots de feu” sur l’athlétisme, une film que j’adore. Un corps sain dans un esprit sain est peut-être transformé de nos jours. On associe immédiatement le sport à la santé, à la vitalité et donc à l’ambition de reculer le vieillissement. Les vieux ne font pas de sport….Souvent, on observe un corps qui remue mais avec un esprit absent. C’est pourquoi ce rapprochement avec la culture grecque est stimulant. Oserais-dire qu’il devrait être enseigné aux plus jeunes et faire l’objet d’une éducation populaire ?. J’avais adoré le titre du livre de Jean-Claude Michéa, grand amateur de foot, ” le plus beau but était une passe”. Car aussi, dans le sport, il y a cet “esprit d’équipe”, difficile à cerner, impossible à contrôler même avec les meilleurs coachs du monde. Le sport réuni aussi. Enfin sur le catch, un souvenir lointain d’enfant devant la télévision avec une catcheur appelé “Petit Prince” qui combattait le méchant avec une cagoule. Et on criait la cagoule, la cagoule !!!.Bien sur, elle ne s’enlevait jamais. Mystère entier….

  2. Merci Christophe! C’est en tout cas une des vocations de ce site de prendre au sérieux la culture populaire, non pour en faire un divertissement de masse abrutissant, mais pour chercher ce qu’il y a d’authentiquement émancipateur, parfois, dans ce que la culture savante a trop vite fait de dénigrer. Les réflexions de Christopher Lasch autour de la distinction entre “culture de masse” et “culture populaire” méritent à ce titre d’être méditées…

  3. Sans vouloir réduire l’ensemble de cette intrigante vidéo à la question posée, cette question elle-même a effectivement l’air plutôt réductrice… “Le sport est-il l’opium du peuple que dénoncent nombre de sociologues ou plutôt un instrument d’éducation populaire?” Le peuple n’a-t-il pas d’autre choix que d’être “éduqué” (ce qui implique un éducateur, donc une élite, et laquelle…) ou, laissé seul avec lui-même, de “tomber dans la drogue” du sport…?

    Le “sport”, d’un point de vue extérieur, a évidemment (comme tout) des vertus culturelles, formatrices, sociales, etc. Mais le sport est avant tout… le sport! Avant de se demander à quoi il peut être un instrument, on peut aussi se demander s’il doit (et s’il veut) nécessairement être un instrument. C’est la même question que celle de l'”art pour l’art”. L’art dans quel but? Quand je fais de la peinture je peins pour peindre. Sans peindre ce que je peins avec l’intention de faire autre chose que la peinture de ce que je peins au moment où je le peins. Quand je nage, je nage pour nager, pour le plaisir! Un peu moins c’est vrai lorsqu’un éléphant débarque dans ma ligne et qu’il m’empêche de le dépasser (tout en faisant visiblement tous les efforts du monde pour nager le moins vite possible!)… Mais le but n’est pas non plus d’aller le plus vite, le but n’est que de nager. Faisons même l’éloge de la lenteur et des éléphants! Pareil quand on court, si l’on court c’est pour se faire du bien à courir, peu importe la vitesse et la distance, pas pour se détruire. La formule répandue “no pain, no gain” (pas de douleur = pas de bénéfice) tombe aujourd’hui en désuétude et il faut l’aider à y rester et à s’y perdre pour de bon. Ça fait déjà un moment que j’ai décidé de laisser mon chrono chez moi lorsque je vais courir. Parce que c’est totalement idiot! Et passer son temps quand on court les yeux (ou l’esprit) vissés sur le chrono, c’est faire autre chose que cette activité si vivifiante qui est juste de courir en pleine nature. La recherche de la performance, la compétition avec soi-même ou avec d’autres, c’est très bien mais c’est aussi très rapidement contre-productif sur tous les plans: plaisir, bien-être, santé, etc., et même sur le plan de la performance elle-même. Sans compter la durée de vie, souvent pas très longue, après une existence passée à faire des efforts physiques anormaux et à absorber toutes sortes de substances interdites ou qui devraient l’être, pour gagner à tout prix et faire un joli spectacle afin d’éduquer à je-ne-sais-quoi plusieurs milliers de spectateurs obèses planqués derrière leurs télés à bouffer des chips et boire du sucre.

    Surtout, que recherchent ceux qui se tuent à courir le plus vite, à courir le plus loin? La même chose que le runner du dimanche, en version XXXL: se vider la tête. A force de courir, les pensées se taisent, la dictature du mental se relâche, l’esprit s’apaise, on ne pense plus à rien et c’est très bien, curieusement, rien ne manque, tout est parfait… On se retrouve soi-même, sans le parasitage incessant des petites pensées, des calculs, on retrouve la personne réelle qu’on est au-delà du rideau des concepts, jugements et commentaires. Au-delà de cette imposture de l’ego cartésien qui n’existe que comme une succession incessante de pensées. Alors oui c’est plutôt comme une drogue, et le sport ne suffit pas, il ne devrait pas être le seul “instrument” pour faire taire juste un instant le bourdonnement stérile de la pensée, et se retrouver soi-même. Si c’est notre seul instrument, on l’utilisera à fond, et trop, et il ne fera que produire plus d’esprit de compétition, de souffrance, d’ego, de blessures. En fait, on ne devrait pas avoir besoin d’instrument pour être soi-même. Mais si on en veut vraiment un, pour faire une pause, et pour “éduquer” ou “ré-éduquer”, ou plutôt laisser s’auto-éduquer aussi bien les élites trop-pensantes que le petit peuple, pourquoi pas en effet éteindre la télé et aller faire du vrai sport, en n’étant à l’écoute que de son propre corps et de l’environnement, d’une manière légère et toujours dans le plaisir…!

  4. Loin de moi l’idée d’affirmer que le sport soit une activité intrinsèquement philosophique, dont la seule vocation serait d’éduquer à des valeurs élitaires. D’une certaine façon, mon propos est même opposé. J’entendais simplement réagir aux critiques récurrentes de certains sociologues, qui disqualifient le sport comme “abrutissant”. Je trouve au contraire que c’est une activité structurante, qui relève de la culture populaire dans ce qu’elle a de plus estimable, et non d’un processus de “massification” stupide qui rendrait les gens de plus en plus idiots. Le sport n’a pas besoin de la philosophie, et c’est tant mieux! Mais ça n’empêche pas de philosopher. Je trouve presque autant de plaisir à philosopher qu’à regarder une épreuve sportive, en tout cas.

    • Oui, je pense aussi qu’elle est structurante, particulièrement pour le jeune âge. Et il existe des éducateurs passionnés. En grandissant, la pratique du sport est liée aux âges de la vie aussi, a la vitalité, les rythmes d’activité etc….Il faut aussi, sans doute, différencier le spectacle sportif (avec des professionnels ou amateurs passionnés) et la pratique du Dimanche comme on dit. L’idée de dépassement et bien sur de compétition peut animer aussi le sport. Ici, on peut être plus proche du jeu qui est plus ancien que le sport, si je ne m’égare pas. Il est vrai aussi que le souci de performance peut conduire au dopage dans le sport pro (et même amateur). Quand à notre corps, notre héritage culturel fait que celui-ci est plutôt à dompter qu’a harmoniser. Il existe désormais tout un tas de méthodes et de coachs. Le sport est aussiune activité économique.

Laisser un commentaire