Michel Onfray: “Techniques du coup d’Etat”

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    Techniques du coup d'Etat

    Les dernières semaines ont vu la multiplication de pratiques qu’on croyait réservées à des pays bien moins démocratiques que la France… Et pourtant! Michel Onfray tire la sonnette d’alarme et nous rappelle à notre vigilance de citoyens.


     

    Jadis le coup d’État était casqué, armé, botté, il mettait des chars et des militaires dans la rue, il investissait les lieux stratégiques du pouvoir : maison de la radio et télévision, universités et central téléphonique, gares et aéroports, ponts et routes. On voyait du kaki dans la rue, de la tenue de camouflage et des armes à feu, des blindés et des mouvements de troupe. Il y avait des tirs et des rafales d’armes automatiques. C’était clair. L’ennemi était visible, il se montrait, il était facile à haïr et à combattre.

    Nouvelles techniques de coercition.

    Il faudrait aujourd’hui écrire une suite à la Technique du coup d’État de Malaparte.

    1. Elle prendrait acte de l’impossibilité du coup d’État classique : pour quelles raisons investir la maison de la radio ou la télévision quand elle est déjà aux ordres ? A quoi bon mettre un casque sur la tête des journalistes des chaines de télévision et des patrons de la presse maastrichienne, ou bien même une vareuse caca d’oie, puisqu’ils ont déjà un képi dans la tête et des galons dans le cerveau ?
    2. Elle expliquerait combien il ne sert à rien de prendre le pouvoir dans les universités puisqu’elles sont déjà dirigées par des soldats du régime maastrichien ? Certes, certains sont de «droite», d’autres de «gauche», mais ils font partie d’une même armée qui a émasculé toute droite et toute gauche dignes de ce nom au profit de l’idéologie libérale de Maastricht.
    3. Elle dirait qu’il n’y a aucune raison de prendre d’assaut un central téléphonique puisqu’un logiciel comme Pégase permet à tous les pouvoirs, mais aussi aux particuliers, de pirater tout ce qui se trouve sur un ordinateur ciblé. La publicité en libre accès sur internet de ce logiciel dit qu’il «enregistre l’ensemble des textes saisis au clavier – dans n’importe quel logiciel, les photos, les programmes utilisés, les sites Web visités et les éléments copiés dans le presse-papiers. Le logiciel réalise des sauvegardes de l’écran à intervalle de temps régulier. “Logiciel Espion” envoie les rapports d’activité par e-mail». Quand n’importe quel particulier peut l’acheter sur internet, quel intérêt y aurait-il pour l’État, qui doit disposer de versions autrement plus efficaces et perfectionnées, à remplacer par la soldatesque les dames du central téléphonique qui n’existent plus depuis belle lurette ?
    4. Elle raconterait pourquoi il ne sert à rien de bloquer les ponts, les routes, les carrefours, les bretelles d’accès aux autoroutes, les autoroutes elles-mêmes, les gares et les aéroports puisque le téléphone portable que nous portons sur nous comme un doudou pour adulte, grâce à ces logiciels espions, donne en temps réel les informations concernant le citoyen ciblé par le pouvoir. Il suffit alors, comme avec Julien Coupat, de le cueillir dans sa voiture sans que la population s’émeuve des conditions dans lesquelles cette arrestation illégale a pu être menée ! Thomas Legrand va pouvoir continuer à dire que je suis un complotiste sur France-Inter, radio dite du service public, mais : comment peut-on expliquer que Julien Coupat, l’un des acteurs de Tarnac, ait été interpellé par plusieurs policiers de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) dans le cadre, est-il dit, des contrôles préventifs d’avant une manifestation de GJ. ? La police a trouvé un gilet jaune dans son véhicule ! La belle affaire : l’Europe oblige chaque conducteur à en posséder un dans son véhicule ! A ce titre là, ce sont des millions de français qu’il faudra bientôt interpeller : il faudra alors rouvrir les stades pour les parquer… Julien Coupat avait également une bombe de peinture. Et alors ? Est-ce avec ce genre d’arme de destruction massive qu’on égorge dans la rue, qu’on tue en rafale des dizaines de gens dans une salle de concert, ou qu’on fait exploser des édifices qui font des victimes innocentes ? Il y avait aussi un masque de chantier : mais dans une configuration où la police a tiré 13.500 grenades dans un seule journée [1] n’était-il pas pour le moins judicieux de se munir de ce genre de protection ? On sait en effet que nombre de manifestants pacifistes ont été arrosés par des canons à eau, asphyxiés au gaz lacrymogène, tabassé jusqu’au sang [2]… Concernant Julien Coupat, le parquet de Paris a ouvert une enquête de flagrance pour «participation à un groupement formé en vue de la commission de dégradation ou de violence». Il a été mis en garde à vue. Dans l’État maastrichien, l’ordre est plus facile à faire régner contre un lecteur d’Agamben ou de Zizek qui trimbale une bombe de peinture dans sa voiture que contre des fichiers S susceptibles de transporter des bombonnes de gaz avec des détonateurs dans leur véhicule [3].
    5. Ce supplément à la Technique du coup d’État montrerait également qu’outre les usages policiers du téléphone portable qui est devenu l’instrument majeur de notre servitude volontaire, il existe encore de bonnes vieilles méthodes qui relèvent de l’opération de police politique à l’ancienne. Elles complètent avec les muscles et la matraque ce que la propagande médiatique obtient de son côté avec le cerveau et les écrans.

    Fake-News.

    Je dois quelques informations aux lecteurs de mes textes qui les commentent en ligne et qui m’apprennent ce que bien sûr on n’apprendra pas en lisant la presse à la botte, en écoutant les radios du service public aux ordres, en regardant la télévision du service public elle aussi le doigt sur la couture du pantalon. J’en veux pour seule preuve cette information qui, en régime démocratique, obligerait le directeur de la chaîne à démissionner : dans le Soir 3 du 15 décembre, sa journaliste vedette entretient des GJ avec, derrière elle, une photo qui montre, face à la police montée, de GB dont l’un porte une pancarte sur laquelle on peut lire «Macron». Il faut être un vrai crétin de GJ selon les médias pour arborer une pancarte dont le seul slogan serait «Macron» ! Macron quoi ? Macron président tant qu’à y aller… Or, cette photo d’AFP a été truquée ! Oui, truquée, comme dans la grande période de la propagande marxiste-léniniste : on a effacé son contenu véritable qui est «Macron dégage» – ce qui, convenons-en, ne signifie pas exactement la même chose ! Comment réagit la rédaction quand on lui apporte la preuve de ce fake-news maison ? C’est à l’insu de son plein gré… Un tweet sur le compte du JT du week-end donne ses raisons : «Nous en avons identifié l’origine. Cela ne se renouvellera pas.» France 3 indique ailleurs «qu’il s’agissait d’une “erreur humaine”». Et puis ceci : «Une personne opérationnelle est intervenue, la rédaction en chef n’a pas décelé la modification»[4] ! On n’a peur de rien à France 3 ! C’est quelqu’un qui, en passant, a effectué cette entreprise de propagande qui est un cas d’école, on sait qui sait, on ne nous dit pas qui, mais on affirme que ça ne recommencera pas : mon œil ! ça continuera c’est comme ça depuis le début, c’est comme ça maintenant et ce sera comme ça jusqu’à la fin. On n’est pas nommé par hasard patron d’un média du service public : la personne lige est là pour incarner la ligne du chef de l’État. Fermez le ban.

    Je rappelle brièvement les techniques idéologiques utilisée par l’État : la calomnie et l’insulte, le mépris et la criminalisation, la culpabilisation et l’essoufflement, l’enfumage et le pourrissement.

    Retour à ces informations données par des lecteurs dont je disais, et pour cause, qu’on ne les trouverait pas dans les médias dominants. J’ai donné des raisons à la moindre participation lors de l’acte V des GJ à Paris. Je rappelle brièvement les techniques idéologiques utilisée par l’État, son chef et son ministre de l’intérieur appuyés par ses relais médiatiques et son élite parisienne, afin de faire régner l’ordre maastrichien faussement présenté comme l’ordre républicain : la calomnie et l’insulte, le mépris et la criminalisation, la culpabilisation et l’essoufflement, l’enfumage et le pourrissement. Dans ces techniques idéologiques, je n’oublie pas, bien sûr, et ce depuis des années : le matraquage doctrinal permanent, la criminalisation de l’opposition intellectuelle à Maastricht, les bidouillages avec redécoupage des cartes électorales, la mise aux ordures d’un résultat de référendum inapproprié comme on dit aujourd’hui, le passage en force contre le peuple avec les dits représentant du peuple, l’impossibilité de sortir de l’Europe libérale sans l’autorisation de cette même Europe libérale…

    La mobilisation continue.

    Ajoutons à ces techniques idéologiques du Coup d’État permanent des maastrichiens les techniques classiques aussi vieilles que la police ! C’est ici qu’apparaissent les informations données par mes lecteurs, je les cite : sur l’hypothétique affaiblissement des GJ à Paris : «Non non, vous n’inquiétez pas, c’est juste qu’avec l’attentat à Strasbourg, les stations fermées, les policiers, Paris n’est plus trop une zone à privilégier. A Lyon, toujours 3000 personnes et à Bordeaux 4500, c’est beaucoup plus que la semaine précédente pour Bordeaux. Je vais vous dire, je suis quasi cheminot (bientôt), j’ai des collègues à la gare Saint-Jean qui ont filmé discrètement des CRS bloquer tous les gens qui voulaient monter dans des trains montant à la capitale, alors voyez, on fait tout pour nous empêcher de manifester aussi». Une autre intervenante : «Tout cela est vrai, mais Michel Onfray a omis d’ajouter concernant les causes de la baisse du nombre des manifestants à Paris, les milliers d’interpellations et surtout le blocage des gilets jaunes par les forces de l’ordre, parfois depuis la province, pour les empêcher de venir manifester à Paris. Des cars entiers bloqués au péage, des centaines de voyageurs bloqués dans les grandes gares (bien qu’ils aient payé leurs billets) avec interdiction de partir».

    Des voyageurs empêchés de monter dans des trains par la force publique, des cars interdits de circuler par la force publique, des manifestants interdits de manifester par la force publique : la police du président Macron n’est plus au service de l’ordre républicain qui autorise le droit de manifester mais au service de l’État maastrichien dont l’ordre libéral est menacé par les GJ, c’est une milice. Je gage que ce rôle ne lui plait pas totalement…

    Il y a peu de chances que l’on puisse disposer de ce genre d’informations sur le service public qui joue désormais clairement un rôle de police politique…

    Je propose cette adresse:

    admin.onfray@magasinnumerique.com

    à laquelle vous pouvez envoyer informations ou vidéos qui vont en ce sens. L’équipe de la webtv Michel Onfray en proposera régulièrement une synthèse.

    Michel Onfray

     

    [1] https://www.ouest-france.fr/societe/gilets-jaunes/gilets-jaunes-plus-de-13-500-grenades-ont-ete-tirees-samedi-paris-6108694

    [2]
    http://www.revolutionpermanente.fr/Gilets-Jaunes-Nouvelles-mutilations-de-manifestants-par-la-police-ce-samedi

    [3]
    https://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/voiture-abandonnee-avec-bonbonnes-de-gaz-a-paris-notre-dame_1828457.html

    [4] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/12/16/97001-20181216FILWWW00085-gilets-jaunes-france-3-se-justifie-apres-des-accusations-de-censure.php

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