Entretien exclusif avec le Père Noël: “Le monde moderne me déçoit…”

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Noël

La France traverse des moments difficiles, entre tensions sociales, pauvreté et crise de la démocratie. Le Père Noël reste toutefois optimiste et nous parle de ses attentes pour la nouvelle année.


 

L’inactuelle : Père Noël, merci de nous accorder cet entretien, particulièrement en cette période qui doit être très chargée pour vous…

Père Noël : Détrompez-vous ! Je n’ai pas grand-chose à faire… Et heureusement d’ailleurs, car, avec mes rhumatismes, j’aurais beaucoup de mal à tenir le rythme. J’espère qu’on finira un jour par dire la vérité à mon sujet ! Ce n’est pas moi qui distribue tous ces cadeaux durant les fêtes. Ce sont les plateformes de vente en ligne qui assurent l’essentiel du travail et s’en mettent plein les poches sur mon dos, en profitant de mon image de marque pour faire tourner leurs affaires. Les médias sont dupes et entretiennent cette triste supercherie. Je ne jette pas la pierre aux gens. Ils sont victimes d’un rite social absurde, qui les oblige à se serrer la ceinture pour faire des cadeaux à leur entourage et ne pas paraître pingres. Mais cela n’a aucun sens ! L’esprit de Noël correspond à tout autre chose. Mon rôle a toujours été de parcourir les forêts, tiré par mes rennes. Les enfants se mettaient à leur fenêtre dans l’espoir de me voir passer, au milieu de la neige. Quelle poésie c’était ! J’étais fier d’accomplir mon labeur…

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L’inactuelle : La plupart des Occidentaux vivent en ville, désormais. Il leur est devenu difficile de vous regarder passer dans les bois.

Père Noël : Les arbres et les fleurs sauvages n’ont plus personne pour les admirer, en effet. Je me sens bien seul, sur mon traîneau, perdu au milieu de nulle part. Les campagnes sont désertées. Je décèle une grande solitude aussi dans le cœur de nos contemporains, y compris dans les centre-villes surpeuplés : la foule urbaine est vouée à l’anonymat. Bien souvent, nous ne connaissons même plus le nom de nos voisins ; et nous n’avons plus de rapport émerveillé à la nature, sinon à travers des images virtuelles ou des cartes postales retouchées par ordinateur.

L’inactuelle : Certains disent que vous n’existez pas. Qu’avez-vous à leur rétorquer ?

Père Noël : Le seul fait que je réponde à vos questions devrait suffire à dissiper cette insupportable fake-news ! Bien sûr que j’existe : la preuve, je vous parle. Avec le temps, je suis certes devenu un personnage de légende, un mythe. Mais il y a beaucoup de sagesse dans les histoires qu’on raconte. Bien qu’elles soient un peu romancées, elles disent quelque chose d’essentiel et de profond sur la réalité. Il y a une beauté du monde qui nous échappe lorsque nous nous en tenons aux faits les plus immédiats. Il faut voir ce qui se cache derrière la simplicité apparente de notre environnement. En me promenant dans les bois, c’est le message que j’essaie de faire passer.

L’inactuelle : Que voulez-vous dire à nos lecteurs en ce moment privilégié de rassemblement familial ?

Père Noël : Qu’ils soient solidaires les uns des autres ! Et qu’ils s’efforcent de renouer des liens avec leurs semblables… Le monde moderne me déçoit. Je sais bien sûr que nous ne sommes ni cupides, ni égoïstes, ni mauvais ; mais nous ne nous soucions plus assez de ce qui compte vraiment. Cela s’explique en partie par nos conditions de vie. Nous sommes écrasés par le travail, la pauvreté parfois, car les temps sont rudes. Je me réjouis donc de voir que nombre de citoyens redécouvrent la joie prise à se battre ensemble pour un projet de vie commun. Cela suscite des débats. C’est une très bonne chose. Même lorsque nous ne sommes pas d’accord, le seul fait de discuter nous rapproche.

L’inactuelle : Comment voyez-vous l’avenir et l’année qui vient ?

Père Noël : La semaine de Noël correspond traditionnellement au solstice d’hiver. Les anciens païens faisaient la fête lors de cette période sacrée, parce que les jours y sont les plus courts de l’année. En fêtant Noël, on célébrait le retour imminent du soleil, dans l’attente de voir la nuit reculer enfin face à la lumière. Nous aussi, collectivement, nous traversons une période sombre de notre histoire. Notre civilisation consumériste est tombée bien bas, et nous nous demandons comment nous avons pu en arriver là. Cette prise de conscience est salutaire. Nous comprenons peu à peu combien les babioles futiles que nous nous offrons mutuellement sont insignifiantes en comparaison de la loyauté et de la bienveillance humaine. Demain, viendra un autre jour, et un autre monde avec lui. Le soleil y brillera davantage, pourvu que nous gardions cet espoir fermement enraciné dans nos âmes. Joyeux Noël à tous !

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