Renaud Vignes: “Technocapitalisme et fin de l’économie de marché”

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La vague technocapitaliste

Nous assistons à une mutation sans précédent de notre système économique. L’économie de marché libérale est en train d’être remplacée par un système techno-capitaliste qui repose notamment sur l’économie de la gratuité. La main-d’oeuvre salariée disparaît au profit de consommateurs accomplissant eux-mêmes une partie du travail de production. Chaque internaute sur Facebook est par exemple sans le vouloir un collaborateur bénévole des GAFA. De nouveaux algorithmes prédisent nos désirs de consommation avant même que nous ne les éprouvions. Nous n’incarnons plus l’homo oeconomicus des siècles passés, mais le festivus numericus! Et, pendant ce temps, les inégalités économiques sont en train d’atteindre des niveaux record… Renaud Vignes est docteur en sciences économiques et maître de conférences associé à l’IUT d’Aix-Marseille. 


 

En matière d’économie politique, l’avènement d’une forme radicale du capitalisme, à la fin des années 1990, a initié un changement de paradigme, un renversement total et complet de l’ordre préexistant et l’arrivée de quelque chose de nouveau, de révolutionnaire et de profondément transformateur. Un nouveau modèle est né, construit sur l’idée que le marché n’est plus un bon outil pour assurer la régulation de nos sociétés et que homo œconomicus a fait son temps. Au centre de ce nouvel ordre se trouvent, maintenant, des entreprises géantes et des individus liés entre eux par des contrats.

La vague technocapitaliste

La concurrence s’efface devant les nouveaux rentiers.

C’est dans La richesse des nations qu’Adam Smith nous indique qu’« il faut toujours s’opposer à la restriction de la concurrence, car elle permet aux marchands, par l’élévation de leurs profits au-dessus de ce qu’il serait naturel, de prélever, à leur avantage, un impôt absurde sur le reste de leurs concitoyens ». Plus d’un siècle plus tard, c’est très exactement ce que modélise la théorie néoclassique qui indique qu’en situation de concurrence parfaite, tout surprofit tend à disparaître. Le graphique ci-après décrit ce mécanisme.

Graphique

Si à court terme, à l’équilibre, les entreprises peuvent dégager un surprofit (une rente), c’est parce que le prix de vente est supérieur au coût moyen de l’entreprise ( p0 > CM sur le graphique nord-est) ; mais, à long terme, attirées par ce surprofit, de nouvelles entreprises vont entrer sur ce marché, donc augmenter l’offre ce qui entraîne une baisse des prix jusqu’à un nouveau prix d’équilibre  pour lequel cette rente aura disparu (p1 = CM sur le graphique sud-est). Dans ce contexte, l’économie de marché tient sa promesse d’être le modèle le plus efficace et le plus juste, aussi bien en termes économique que social. Ainsi, toutes les réformes visant à réaliser les conditions de fonctionnement du marché sont justifiées (en particulier la mobilité des facteurs, les déréglementations et la transparence de l’information).

Ce modèle parfait est basé sur deux conditions majeures. La première est celle dite des rendements décroissants qui limitent la possibilité pour une entreprise de grandir indéfiniment (à partir d’une certaine quantité produite, l’entreprise est de moins en moins compétitive). La deuxième est celle du bon fonctionnement du mécanisme des prix qui doit guider chacun vers les meilleures décisions pour lui-même et au plus grand bénéfice de tous. Pendant des décennies, le marché a montré sa capacité à réguler les comportements. Mais, depuis l’apparition d’une nouvelle forme de capitalisme, beaucoup plus radicale que la précédente, son rôle de régulateur s’est affaibli. Dès l’origine, les prophètes de ce monde nouveau ont compris que la mise en place de leur projet de domination passait nécessairement par l’élimination du marché !

Et c’est là que se trouve la véritable disruption, non pas dans de nouveaux produits ou services, mais bien dans de nouveaux modèles économiques qui permettraient de dépasser les contraintes de la concurrence parfaite.

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Trois innovations majeures.

Concernant les rendements décroissants, ce sont les géants du numérique qui vont donner l’exemple en transformant en profondeur leur structure de coûts afin qu’il n’y ait quasiment plus de relations entre augmentation des ventes et des profits d’un côté et variation des coûts de l’autre.

Pour ce faire, trois innovations technologiques et managériales majeures furent mises en place. La première a consisté à externaliser la totalité des coûts directs (achats, production, logistique) sur des sous-traitants mal payés (Apple est l’emblème de cette stratégie).

La deuxième ressemble à s’y méprendre à ce que les théoriciens de l’agence [1] appellent la firme « nœuds de contrats ». C’est le modèle des plateformes numériques qui réduit leur rôle à vendre leur accès au marché, à mettre en contact et à contractualiser. Elles ne produisent rien, n’achètent rien et, revendiquant une position de simple intermédiaire, ne sont pas responsables de grand-chose.

Ces entreprises ont rapidement compris que, finalement, la meilleure solution, pour dépasser la contrainte des rendements décroissants, consistait à faire travailler gratuitement leurs clients.

La troisième est sans doute la plus originale, car elle consiste à externaliser le maximum de tâches sur leur clientèle. Ces entreprises ont rapidement compris que, finalement, la meilleure solution, pour dépasser la contrainte des rendements décroissants, consistait à faire travailler gratuitement leurs clients. Là encore, exploitant tout le potentiel des technologies numériques, une partie des tâches dévolues jusque-là à des salariés sont dorénavant réalisées par les clients : réservation d’hôtel, enregistrement de bagages, e-banking, auto-formation, commandes en ligne, notation du service, etc. Les nouvelles sources de profit résident dans le temps que le consommateur accepte de mettre gratuitement à disposition des entreprises. Les clients sont perçus comme une main d’œuvre innombrable, motivée et gratuite.

Au total, dans ces modèles, distribuer des produits dématérialisés à une personne ou à des milliers coûte à peu près le même prix ; de la même façon, lorsque la commercialisation d’un produit est générée par un « clic », le coût est la plupart du temps déporté sur celui qui commande. Ces pratiques sont un véritable défi lancé à la théorie du marché, car elles remettent tout simplement en cause l’idée selon laquelle la concurrence suffit pour éviter l’existence de monopoles naturels. Bien au contraire, dans l’économie technocapitaliste, parce que les rendements sont continuellement croissants, c’est le monopole qui devient la forme naturelle du marché !

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L’économie de la gratuité.

Pour s’attaquer au mécanisme des prix, le coup de génie aura été de créer ce que beaucoup nomment l’« économie de la gratuité ». De plus en plus souvent, lorsque nous achetons un produit, nous ne le payons pas, du moins pas directement, pas en totalité, pas immédiatement. Friedrich Hayek voyait dans le système des prix un « mécanisme merveilleux ». Pour lui, ce qui le rendait supérieur à toutes les autres formes de régulation, c’était son « efficacité cognitive » bien plus que son efficacité dans l’allocation des ressources. C’était cette fonction d’acquisition de connaissances qui était censée permettre à des individus isolés (homo œconomicus) d’œuvrer pour leur bien-être en même temps que pour le plus grand bénéfice de tous. Mais l’installation de monopoles planétaires développant des modèles d’affaire basés sur des offres « gratuites » brise la rationalité des agents, pourtant condition nécessaire au bon fonctionnement des marchés. Dorénavant, en l’absence de cette précieuse information, le consommateur va avoir de plus en plus de difficultés à relier son comportement de consommation avec sa réelle capacité d’achat.

Au total, il n’aura fallu qu’une vingtaine d’années au système technocapitaliste pour mettre à bas le principe qui jusqu’alors se trouvait au cœur du fonctionnement de nos sociétés libérales : le marché autorégulateur. Dans des organisations toujours plus complexes, l’affaiblissement de celui-ci nous entraîne alors vers des déséquilibres dont on commence à peine à mesurer l’ampleur. Sur les cendres de cette promesse libérale apparaît un nouveau modèle de société, un modèle révolutionnaire : un capitalisme radical émancipé du marché, un capitalisme postmarché (ce qui est sans doute l’une des plus grandes ruptures économiques jamais observées). Son succès est fulgurant et d’une ampleur inégalée si on en juge par l’effondrement de l’intensité concurrentielle globale. Pour mesurer le degré de concurrence sur un marché, on utilise l’indice de Lerner. Dans un article paru dans Les Echos [2], François Lévêque indique que le degré de monopole, mesuré par l’indice de Lerner [3], est passé de 1,18 en 1980 à 1,67 en 2014. Dans le même temps, la rente monopolistique a explosé. Aujourd’hui, le cumul des profits des Google, Apple, Facebook et Microsoft approche les 100 Mds € et le tout avec à peine plus de 350 000 salariés. A titre de comparaison, la totalité de l’industrie automobile française (constructeurs et équipementiers) emploie de l’ordre de 230 000 salariés et dégage un profit voisin de 10 Mds € !

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Homo œconomicus est mort, vive festivus numericus!

Georges Bernanos a écrit qu’une civilisation ne s’écroule pas comme un édifice, elle disparaît avec l’espèce d’homme, le type d’humanité sorti d’elle. La société régulée par le marché était peuplée par homo œconomicus. Friedrich Hayek nous a montré que cette société de liberté et de droit était censée être la plus profitable pour tous. Mais cette vision triomphale de l’économie de marché n’est pas partagée par le monde technocapitaliste, car elle a un grand défaut : elle empêche son projet d’expansion illimitée. Pour dépasser cette contrainte, il va donc s’attacher à remplacer homo œconomicus par un nouvel homme, mieux adapté à son projet.

Avec la fin du siècle, homo festivus numericus apparaît. Il possède toutes les qualités qui vont lui permettre de réussir dans un monde devenu joyeux et futile. Croyant aux promesses du progrès, il voit dans la consommation à outrance, le divertissement, la réalisation de soi, les nouveaux principes d’une vie bonne. Ce nouvel homme va porter très haut la revendication de pouvoir mener une vie « à la carte ». Paradoxalement, pour ce faire, il va accepter de céder une partie de sa liberté en échange de dispositifs qui lui rendent la vie toujours plus pratique et ludique. Les outils que l’on met à sa disposition vont l’aider à progressivement se comporter de manière conforme aux exigences de l’idéologie technocapitaliste. La mobilité sous toutes ses formes, l’hyper-consommation et l’individualisme exacerbé vont lui sembler naturels voire même désirables. Avec festivus numericus, la frontière entre le principe de plaisir (l’enfance) et celui de réalité (l’âge adulte) disparaît, tout comme nombre de principes moraux qui ont longtemps encombré ses prédécesseurs. Ayant terrassé le mal, et éliminé le conflit, cet homme postmoderne veut alors vivre dans une société réconciliée, qui n’aura de cesse que de s’occuper de son bien-être. Il baigne dans les flux de la réalité numérique. Il est indifférent aux autres, ce qui explique son désintérêt pour la chose publique. Il vit dans l’instant et se contente de satisfactions écologiques, d’engagements parcellaires, par exemple pour la théorie du genre, le bien-être animal ou encore contre la fessée.

La « captologie » s’est érigée en discipline scientifique. Ce nouveau champ de recherche prend forme autour de la notion d’économie de l’attention, explorant les liens entre les techniques de persuasion en général et les technologies numériques.

Plus encore, il doit abandonner la rationalité qui caractérisait son prédécesseur afin de pouvoir se concentrer sur des activités réellement importantes aux yeux du monde technocapitaliste. Pour cela, comme on aide un enfant à lire, à écrire, à être poli, une nouvelle science va être développée. Elle se nomme « captologie » et s’est érigée en discipline scientifique. Pluridisciplinaire par nature, ce nouveau champ de recherche prend forme autour de la notion d’économie de l’attention. Au sein du Persuasive Tech Lab de l’Université de Stanford se développent les recherches les plus avancées dans ce domaine. Elles explorent les liens entre les techniques de persuasion en général et les technologies numériques. C’est une science qui repose sur les travaux des comportementalistes qui incluent la conception, la recherche et l’analyse fonctionnelle d’outils numériques créés dans le but de changer les attitudes et comportements des individus.

La clé du projet technocapitaliste, c’est le potentiel de festivus numericus. Ce qui l’intéresse, c’est de détecter automatiquement des goûts, des désirs, bien mieux que nous-mêmes ou nos proches. Dans le domaine militaire et sécuritaire, c’est l’exécution par drones armés ou les arrestations préventives de potentiels combattants ou terroristes. Dans le domaine commercial, il ne s’agit plus tant de satisfaire la demande que de l’anticiper. Il devient de plus en plus rare, pour l’individu, d’être exposé à des choses qui n’ont pas été prévues pour lui. Festivus numericus est identifié non plus en fonction de catégories socialement éprouvées dans lesquelles il pouvait se reconnaître, à travers lesquelles il pouvait faire valoir des intérêts collectifs, il l’est selon des profils de consommation. Il intéresse les plateformes, comme Google, Amazon, ou Facebook, en tant qu’émetteur de signaux utilisables. Ceux-ci n’ont individuellement que peu de sens, ne résultent pas la plupart du temps d’intentions particulières, mais s’apparentent plutôt aux traces que laissent les animaux. Celles-ci alimentent des algorithmes qui repèrent, au sein de ces masses gigantesques de données, des corrélations statistiquement significatives, qui servent à produire des modèles de comportements. Les données parlent d’elles-mêmes. L’intérêt des plateformes de commerce en ligne est d’affaiblir notre rationalité, c’est-à-dire de court-circuiter les processus à travers lesquels nous construisons et révisons nos choix de consommation, pour se brancher directement sur nos pulsions à venir, et produire du passage à l’acte d’achat. C’est ainsi qu’il ne nous reste plus rien à dire, car tout est déjà « pré-dit ».

Au total, dans le système technocapitaliste, festivus numericus a une mission et une seule : que sa journée soit organisée autour de deux alternatives, soit consommer, soit produire. Rien d’autre.

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Les conséquences vertigineuses de l’effondrement du marché.

Comme le montrent les récents propos de Christine Lagarde, même le FMI reconnaît les risques du torrent technocapitaliste : « les entreprises ont maintenant une présence planétaire, mais les gouvernements n’ont pas trouvé la bonne réponse fiscale […]. Sans une coopération internationale ré-imaginée, on peut craindre que, dans vingt ans, les inégalités ne surpassent ce qu’elles étaient pendant l’âge d’or du capitalisme […]. Cet âge de la colère verrait des géants monopolistiques de la technologie face à des Etats faibles, des catégories favorisées de la population pouvant vivre jusqu’à 120 ans quand des millions d’autres souffriront de pauvreté ». Ces propos reflètent une réalité que commencent à percevoir les peuples et qui provoque une colère grandissante.

Alors que, dans une économie de marché, le système concurrentiel permettait de limiter l’expansion des cartels, dans la nouvelle forme technocapitaliste, la richesse (la rente) est captée par un nombre très limité d’acteurs et sa redistribution apparaît particulièrement injuste.

Ce sont tout d’abord les actionnaires qui sont les premiers bénéficiaires. Autre évolution significative, on assiste à une déconnexion entre le niveau de dividende et les résultats.

Ce sont tout d’abord les actionnaires qui sont les premiers bénéficiaires. Selon le dernier rapport du cabinet Janus Henderson Investors [4], depuis 2009, les dividendes ont augmenté de plus de 70%. Aux États-Unis, en 2016, ils ont représenté 38% du résultat, un sommet depuis février 2009. Certaines entreprises vont même jusqu’à verser un dividende annuel supérieur à leur profit net. Autre évolution significative, on assiste à une déconnexion entre le niveau de dividende et les résultats. Ainsi, ce type de rémunération s’apparente de plus en plus à une sorte de salaire, alors qu’il était censé rémunérer le risque de l’investissement. Dernier phénomène qui profite aux actionnaires, celui des plans de rachats d’actions qui prennent une ampleur jusque-là inconnue. Cette pratique qui se répand aux Etats-Unis permet de doper les cours (car, une fois rachetées, ces actions sont annulées) et profite, là encore, aux actionnaires.

Les autres bénéficiaires de la rente technocapitaliste sont ceux que nous dénommons Administrateurs (les dirigeants des entreprises) et Experts (toutes les professions à valeur ajoutée dont ce système a besoin) [5]. Le creusement des inégalités salariales est particulièrement frappant dans le berceau du technocapitalisme : la Silicon Valley. Dans un article récent [6], Lucas Mediavilla montre qu’en vingt ans, les salaires de neuf salariés sur dix ont diminué dans le pôle américain de la « tech » et que la richesse se concentre autour d’une petite minorité de travailleurs ultra-qualifiés. 90% des salariés de la Silicon Valley ont connu une baisse de leurs revenus (ajustés de l’inflation), entre 1997 et 2017. Entre-temps, le PIB par habitant du plus grand pôle technologique américain a lui augmenté de 74% entre 2001 et 2017. Le marché du travail s’y spécialise vers les emplois à forte qualification, dans la recherche, le développement et la conception des produits. A l’inverse, les fonctions dans la maintenance, l’entretien ou la production manufacturière sont délaissées, confiées à des entreprises tierces ou délocalisées. Dans le berceau du technocapitalisme, l’impact social du technocapitalisme est déjà devenu négatif.

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Dividendes en hausse, salaires à la baisse.

Plus globalement, l’édition 2018-2019 du rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) montre que la croissance mondiale des salaires n’a jamais été aussi faible depuis le début de la crise de 2008. En termes réels, après une timide reprise, la croissance mondiale des salaires est retombée à son plus bas niveau depuis 2008, bien en-dessous des niveaux d’avant la crise financière mondiale. Et, sur les toutes dernières années, cette croissance ralentit encore, passant de 2,4% en 2016 à 1,8% en 2017. Ce qui fait dire à Guy Rider (directeur général de l’OIT) : « Il est déroutant d’observer que dans les économies à haut revenu la lente croissance des salaires coexiste avec la reprise de la croissance du PIB et la baisse du chômage ». De fait, il n’y a rien de déroutant dans tout ça, la rente technocapitaliste est simplement captée par un nombre très faible d’acteurs, ce qui est la démonstration de la nature structurellement inégalitaire de ce capitalisme postmarché.

Nous pouvons ainsi mieux comprendre un paradoxe qui traverse nos sociétés. Alors que les statistiques semblent confirmer une légère progression du pouvoir d’achat, un sentiment de mal-être, d’injustice et d’appauvrissement provoque la colère des peuples. Derrière ce paradoxe se cache l’une des faiblesses du système technocapitaliste : la désynchronisation toujours plus grande entre ce que les spécialistes appellent le « vouloir d’achat » d’un côté et le « pouvoir d’achat » de l’autre. N’oublions pas que ce système est très inégalitaire, il redistribue très peu. Mais, pour asseoir sa domination, il doit s’appuyer sur un homme hyper-consommateur. A force d’essayer de synchroniser ce qui ne peut pas l’être, festivus numericus se désespère. Finalement, cette classe moyenne qui revêt un gilet jaune fait simplement preuve d’un certain bon sens économique !

Renaud Vignes

 

[1] Ronald Coase, « The nature of firm », Economica 4 (1937): 386‑405.

[2] François Lévêque, « Taux de marge et monopoles », Les Echos, 21 avril 2018.

[3] L’indice de Lerner est une mesure du degré de monopole d’une entreprise ou d’un secteur.  Il est le rapport entre le profit et le prix : IL = 1+ (p – Cm)/p. En situation de concurrence pure et parfaite, le profit résiduel étant nul, IL sera égal à un. A contrario, plus cet indice augmentera et plus le pouvoir de quelques entreprises sur le prix du marché augmentera, donc plus le secteur sera en situation de monopole. p {\displaystyle p}C m {\displaystyle Cm} R m {\displaystyle Rm}

[4] https://www.janushenderson.com/frpi/post/16960/les-dividendes-mondiaux-continuent-de-progresser-en-2017-la-croissance-devrait-se-poursuivre-en-2018.

[5] Renaud Vignes, L’impasse. Étude sur les contradictions fondamentales du capitalisme moderne et les voies pour le dépasser (CitizenLab, 2019).

[6] Lucas Mediavilla, « Le mirage salarial de la Silicon Valley », Les Echos.fr, 15 octobre 2018.

6 Commentaires

  1. C’est quand même étrange de commencer l’article en disant que pendant des décennies, l’économie de marché a fonctionné. Que dire des mouvements socialistes qui se sont développés au XIXème siècle en réaction face à ce qui déjà apparaissait comme une absurdité du capitalisme, provoqué par la recherche incessante de profit ? Je ne me considère pas “marxiste”, mais en tant qu’économicien, il a tout de même démontré des choses élémentaires sur la question. Que pourriez-vous répondre par rapport à cela, car je ne comprends pas réellement où commence la dérive capitaliste dans votre article.

    • Bonjour, le marché autorégulateur a fonctionné tant que les rentes monopolistiques étaient empêchées et qu’homo œconomicus pouvait lier son envie de consommation à sa possibilité de consommation. C’est très précisément à la fin des années 90 qu’un nouveau modèle économique révolutionnaire a émergé qui a non seulement fait sauter la barrière des rendements décroissants et a atomisé le mécanisme des prix. Il est intéressant de noter qu’au cœur de l’analyse marxiste du capitalisme se situe le principe de baisse tendancielle du taux de profit. Dans cet article, c’est plutôt la hausse tendancielle du taux de profit qui nous parait être en cause.

    • Question très difficile. Ce que l’on peut d’ores et déjà observer c’est que ce que j’appelle le capitalisme libéral (capitalisme + économie de marché) est en train de disparaitre avec l’effondrement du marché. Nous entrons dans un monde nouveau (capitalisme sans marché) qui génère d’énormes tensions. Quelle en sera l’issue ? Ma vision est que la solution passera par une alliance nouvelle entre le marché, la puissance publique et la société civile. Dans ce contexte le capitalisme serait régénéré. Mais peut-être allons-nous vers une autre issue ?

  2. Merci beaucoup. Je suis ignorant des sciences économiques. Ce que vous décrivez est loin de ce que j’écoute sur les médias nationaux. J’ai du mal à imaginer un capitalisme sans marché.

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