Entretien: Henri de Monvallier “Onfray le plébéien”

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    Onfray populisme

    Michel Onfray s’est imposé comme un trublion et un poil-à-gratter, jouant tour à tour de son statut d’intellectuel médiatique et de critique du système. Henri de Monvallier, agrégé de philosophie et fondateur depuis 2018 de l’Université populaire d’Issy-les-Moulineaux, vient de faire paraître un livre intitulé Le tribun de la plèbe (L’Observatoire), dans lequel il analyse la fibre populaire de la pensée dOnfray.


     

    Thibault Isabel : Michel Onfray a toujours accordé une importance centrale à la pensée politique, mais c’est sans doute devenu particulièrement vrai ces dernières années, où il a multiplié les livres sur l’actualité, ainsi que les interventions dans le débat public. Percevez-vous une évolution dans ses idées, par-delà évidemment la constance de son questionnement ?

    Henri de Monvallier : Je dirais qu’il n’y a pas une évolution de ses idées, mais l’approfondissement d’un même sillage : celui d’une pensée libertaire de gauche soucieuse du peuple et méfiante à l’endroit des pouvoirs institués. Pour le reste, on peut percevoir une évolution dans les références. Le Michel Onfray des années 1990, par exemple, ne cite presque pas Camus et ne lui consacre pas de texte dans les Journaux hédonistes. Il est malgré tout évoqué antérieurement dans un texte de jeunesse des années 1980 : un carnet rédigé à l’occasion d’un voyage en URSS en 1983 et qui va paraître chez Galilée en septembre avec une préface inédite sous le titre L’impensé de la gauche. Mais Camus ne devient réellement une référence centrale qu’avec le livre de 2012, L’ordre libertaire, livre préparé par La Pensée de midi (2007) où Onfray présente Camus comme une alternative au face-à-face Sartre/Aron. En un sens, Camus étant à l’articulation du nietzschéisme de gauche et de la pensée libertaire pacifique, il ne pouvait pas ne pas devenir une référence centrale pour Onfray.

    La réflexion politique d’Onfray est restée assez constante, mais il y a eu une forte évolution dans la perception de sa pensée. Dès la fin des années 1990, on voit ainsi naître des tensions entre Onfray et les libertaires, suite à la réception de Politique du rebelle.

    Au-delà de cet exemple, je dirais que la réflexion politique d’Onfray est restée à mon avis assez constante, mais qu’il y a eu une forte évolution dans la perception de sa pensée. Dès la fin des années 1990 et le début des années 2000, on voit ainsi naître des tensions entre Onfray et les libertaires, suite à la réception de Politique du rebelle (1997). Onfray revient sur ce point dans un texte intitulé « Aux gardiens du temple anarchiste », repris dans le troisième tome du Journal hédoniste (L’Archipel des comètes, 2001). De même, après le livre sur Freud de 2010, Onfray va se trouver rejeté vers la réaction, la droite et l’extrême droite par toute la presse de gauche « classique », de Libération (où il publiait régulièrement des tribunes) au Monde diplomatique (où il avait pourtant écrit un article de présentation de l’Université populaire de Caen en 2004).

    Onfray
    Henri de Monvallier

    Thibault Isabel : Onfray s’honore d’être un plébéien et revendique ses origines populaires. Il loue Pierre-Joseph Proudhon comme un homme du peuple, par opposition au bourgeois Karl Marx, et il apporte un soutien appuyé aux gilets jaunes depuis novembre 2018. Dans quelle mesure la dimension plébéienne de sa personnalité et de son parcours a-t-elle conditionné ses idées ?

    Henri de Monvallier : Onfray aime bien penser par couples de figures antithétiques. La Contre-histoire de la philosophie n’est au fond rien d’autre qu’un contrepoint antithétique à l’histoire de la philosophie universitaire traditionnelle. Il réhabilite ainsi Démocrite contre Platon, Gassendi contre Descartes, D’Holbach contre Kant, Camus contre Sartre, Günther Anders contre Heidegger, etc. Parmi ces couples qui s’opposent, il y a bien sûr Proudhon/Marx. On sait – je le rappelle dans une note de mon livre – qu’Onfray a hésité à intégrer Proudhon dans la Contre-histoire et qu’il y a finalement renoncé en raison de la présence de textes antisémites, bellicistes et misogynes chez l’auteur de Qu’est-ce que la propriété ?. On trouve néanmoins un beau texte sur lui intitulé « Le temps venu de Proudhon » repris dans le cinquième tome du Journal hédoniste (Le Magnétisme des solstices, 2013). Quant à l’antithèse Proudhon/Marx, elle est développée sur plusieurs pages dans la préface qu’Onfray a écrite pour votre livre, Pierre-Joseph Proudhon. L’anarchie sans le désordre (2017). Il est évident que le fait que Proudhon soit, comme Camus, un homme issu du peuple – il était le fils d’un tonnelier franc-comtois et d’une servante de ferme – joue un rôle important dans la sympathie qu’Onfray peut avoir pour ses idées : autogestion, mutualisme, fédération, socialisme libertaire pacifique (en dépit des quelques textes favorables à la guerre que j’évoquais juste auparavant). L’exact opposé du millénarisme marxien, de la violence accoucheuse de l’histoire, de la dictature du prolétariat et de la société sans classes.

    Onfray sait d’où il vient et entend rester fidèle à ses origines même s’il est devenu le philosophe français le plus lu et le plus traduit dans le monde à l’heure actuelle.

    Marx est un homme de gauche de bibliothèques qui a connu la misère dans les livres et n’a jamais travaillé de sa vie. Il reste fondamentalement un hégélien, donc un idéaliste (fût-ce un idéaliste matérialiste). Onfray, fils d’ouvrier agricole et de femme de ménage – il le rappelle souvent – est l’un des derniers intellectuels de gauche célèbres à revendiquer la référence à Bourdieu : une pensée ne tombe pas du ciel, elle se constitue à travers un trajet social et sociologique. Dans mon livre, j’insiste sur les étapes de cette trajectoire : les humiliations subies par son père ouvrier agricole, l’expérience de l’autorité injuste en internat et à l’usine, dans le cadre d’un job d’été, deux années de suite. Tout cela constitue un tempérament libertaire et ce que Bourdieu appelle une « fureur butée » face à l’injustice dont sont victimes les gens modestes et les sans-grades : son soutien au mouvement des gilets jaunes n’est pas compréhensible sans cet arrière-plan sociologique. Onfray sait d’où il vient et entend rester fidèle à ses origines même s’il est devenu le philosophe français le plus lu et le plus traduit dans le monde à l’heure actuelle. Je crois que ses lecteurs apprécient cette authenticité chez lui.

    Thibault Isabel : Onfray continue de se revendiquer comme un homme de gauche, mais ses adversaires n’hésitent pas à la présenter comme un « néo-réac ». En quoi reste-t-il de gauche à vos yeux, et qu’a-t-il malgré tout à reprocher à la gauche actuelle ?

    Henri de Monvallier : Je pense qu’un basculement s’est opéré dans les années 1980, lorsqu’on a vu passer à l’arrière-plan de la représentation sociale ce qu’Onfray appelle le peuple old school (les ouvriers, les employés, les chômeurs, en gros la moitié de la population, c’est-à-dire le peuple au sens classique du terme : les dominés, les non possédants, les plébéiens, ceux qui subissent le pouvoir mais ne l’exercent pas). Ce peuple old school a été remplacé dans la pensée de gauche dominante par le combat des droits pour les minorités : femmes (drôle d’idée de voir dans les femmes une « minorité », d’ailleurs…) personnes « racisées » (comme on dit aujourd’hui) et LGBT. Et, parallèlement, ouvriers, chômeurs et employés, délaissés par une gauche qui ne s’occupait plus d’eux depuis 1983, ont commencé à voter Le Pen. Si Onfray n’a rien contre le féminisme, qu’il revendique, ni contre les droits des Noirs ou des homosexuels – il était par exemple favorable au mariage gay –, il conteste ce remplacement, dans la pensée de gauche, du social par le sociétal. Il conteste aussi l’idée que ce combat pour les minorités prenne une place centrale et entérine ainsi cette « infamie » qu’est « l’oubli du peuple », pour reprendre le titre d’un texte qui clôt le quatrième tome du Journal hédoniste (La lueur des orages désirés, 2007) et qui peut se lire à bien des égards comme une prophétie du mouvement des gilets jaunes.

    Ce qu’Onfray reproche le plus à la gauche, en plus de son sectarisme, c’est de ne pas avoir une pratique en accord avec les valeurs qu’elle prône. Etre de gauche n’ouvre pas des droits mais crée des devoirs, d’abord au premier chef celui de « mener une vie de gauche ».

    Onfray cite souvent cette phrase de Camus : « Si la vérité était de droite, j’y serais ». Le refus du sectarisme est un axe central de sa pensée politique. Lorsqu’il déplore l’état de délabrement actuel de l’école qui n’apprend plus à lire, à écrire, à compter et à penser, lorsqu’il se dit hostile à la PMA, lorsqu’il critique à l’occasion le « politiquement correct », on peut avoir l’impression qu’il endosse des positions conservatrices ou « de droite ». Mais, à la limite, peu lui importe. Une idée n’est pas juste par définition parce qu’elle est de gauche. Elle est d’abord juste, et, ensuite, éventuellement, elle peut être de gauche.

    Enfin, je pense que ce qu’Onfray reproche le plus à la gauche, en plus de son sectarisme, c’est de ne pas avoir une pratique en accord avec les valeurs qu’elle prône. Etre de gauche n’ouvre pas des droits mais crée des devoirs, d’abord au premier chef celui de « mener une vie de gauche », comme il le dit dans l’introduction du Miroir aux alouettes (2016), qui est à mon sens l’un des livres politiques les plus intéressants d’Onfray. Quand on prône la générosité, le partage, l’ouverture aux autres, etc., on est tenu d’incarner ces valeurs dans sa vie quotidienne si l’on veut être crédible.

    Onfray simulacres

    Thibault Isabel : Proudhon est sans conteste l’auteur sur lequel Onfray s’appuie le plus, en matière politique. Comment définiriez-vous son proudhonisme ? Il me paraît évident en effet que la pensée libertaire chère à Onfray diffère très sensiblement de celle des milieux libertaires actuels…

    Henri de Monvallier : Proudhon est une référence importante pour Onfray mais je ne suis pas sûr que ce soit réellement l’auteur sur lequel « il s’appuie le plus ». L’auteur sur lequel il s’appuie le plus en matière politique me semble être plutôt Camus, même si, comme je le disais auparavant, cette référence apparaît chez lui relativement tardivement dans les textes publiés, à savoir dans la seconde moitié des années 2000. La leçon essentielle que retient en tout cas Onfray de Proudhon, c’est, je crois, celle d’une micropolitique concrète, horizontale et autogestionnaire (Onfray ouvre Décoloniser les provinces [2017] avec l’exemple de Lip) qui puisse produire des effets ici et maintenant et infuser par capillarité. Une forme de gramscisme pratique, si vous voulez, où il s’agit de gagner la bataille des idées mais par des actions concrètes dans lesquelles ces idées s’incarnent.

    Cette gauche proudhonienne a moins vocation à s’incarner dans des dispositifs institutionnels (élections, candidats, partis, etc.) que dans des actions collectives de la vie quotidienne qui relèvent de la politique au sens strict, c’est-à-dire de l’être-ensemble. Créer une université populaire, reprendre avec une bande d’amis un café ou une librairie qui va fermer dans un village, mettre en place une crèche autogérée, voilà des actes politiques (dans la mesure où ils sont au service du collectif) mais qui ne relèvent pas de la politique au sens classique du terme : la politique politicienne entendue comme stratégie pour accéder au pouvoir ou s’y maintenir.

    Créer une université populaire, reprendre avec une bande d’amis un café ou une librairie qui va fermer dans un village, mettre en place une crèche autogérée, voilà des actes politiques, mais qui ne relèvent pas de la politique politicienne comme stratégie pour accéder au pouvoir.

    Quant à la question des libertaires disons « officiels » (ceux de la Fédération anarchiste et du journal Le Monde libertaire, pour aller vite), je crois qu’Onfray leur reproche principalement deux choses : d’être dans le catéchisme par rapport à l’histoire de leur propre pensée et de ne pas être assez anarchistes avec l’histoire de l’anarchisme, d’une part : c’est le sens du texte « Aux gardiens du temple anarchiste » que j’évoquais tout à l’heure, ainsi que de la notion de « postanarchisme » dont se revendique Onfray. Et, d’autre part, je crois qu’il reproche aussi aux anarchistes d’être trop anarchistes et, au fond pas assez libertaires, trop dans la négation, la critique et pas assez dans la proposition ou la construction de dispositifs d’action concrets à même d’incarner cette pensée libertaire. C’est aussi du reste une critique qu’Onfray adresse à Mai 68 : avoir détruit d’anciennes valeurs qu’il était sans doute nécessaire de détruire, mais avoir laissé ensuite un champ de ruines sans proposition de remplacement de ses anciennes valeurs par des nouvelles.

    Thibault Isabel : Le girondinisme est également devenu un des pivots de la pensée politique d’Onfray. Ce n’est pas une idéologie qu’on pourrait nécessairement considérer comme « de gauche », à l’origine, dans la mesure où elle apparaissait plutôt comme modérée et centriste, lors de la période révolutionnaire. Comment définiriez-vous donc ce « girondinisme de gauche » cher à Onfray ?

    Henri de Monvallier : Il faut rappeler ici que la Révolution Française n’a pas été seulement la lutte de la république contre la monarchie, mais aussi une lutte interne entre deux conceptions de la république : la jacobine et la girondine. C’est la conception jacobine qui a triomphé, c’est-à-dire la conception de la république fondée sur un Etat centralisé, ce qui faisait d’ailleurs dire à Tocqueville dans L’Ancien Régime et la révolution (1852) qu’au fond il y avait moins rupture que continuité entre l’Etat monarchique louisquatorzien et l’Etat jacobin de Robespierre, le premier ayant préparé et rendu possible le second qui n’a connu qu’un déplacement géographique : au lieu d’être centralisé à Versailles, le pouvoir allait être centralisé à Paris. Cela n’a pas changé depuis deux siècles, en excluant la parenthèse du gouvernement de Vichy.

    La conception girondine de la république reposait sur une idée de décentralisation et d’égalité entre les territoires qui n’avaient pas à attendre que la loi tombe d’en haut.

    La conception girondine de la république reposait, elle, sur une idée de décentralisation et d’égalité entre les territoires qui n’avaient pas à attendre que la loi tombe d’en haut. C’est une idée qui intéresse Onfray, car elle est liée à l’idée au fond proudhonienne que la politique doit commencer là où l’on est, ici et maintenant, alors que nous passons notre temps, par notre vote, quand nous votons encore…, à déléguer notre souveraineté à un pouvoir centralisé lointain – Paris et maintenant, en fait, surtout Bruxelles – dont nous passons notre temps à regretter ensuite la « déconnexion » (pour reprendre ce terme qu’affectionne tant les journalistes) avec les réalités quotidiennes. La conception girondine de la république que défend Onfray est donc en lien avec cette idée d’une micropolitique concrète que j’évoquais auparavant : non pas déléguer sa souveraineté à un pouvoir lointain mais reprendre le pouvoir localement ici et maintenant.

    Il me semble que la notion de souveraineté est vraiment centrale dans toute la pensée et l’œuvre d’Onfray, qui peut se lire comme un combat continu pour la souveraineté au niveau individuel et collectif et contre toutes les formes de soumission. Ce qui ne veut pas dire qu’Onfray rejette toute forme d’autorité sur le mode « anarchiste » un peu adolescent immature, si vous voulez : pour lui, l’autorité est nécessaire et elle peut être acceptée si elle est reconnue comme juste et contractuellement consentie.

    Onfray peuple

    Thibault Isabel : Si Onfray est un « tribun de la plèbe », c’est aussi qu’il est très présent dans les médias. On peut dire néanmoins qu’il entretient un rapport amour/haine avec les milieux journalistiques, ce qui l’a conduit à créer sa propre WebTV pour gagner son indépendance. Comment le philosophe peut-il articuler un travail de fond et des idées à contre-courant tout en s’impliquant à ce point dans le débat journalistique ? Pensez-vous que Michel Onfray vive cette situation comme un écartèlement ou a-t-il le sentiment de concilier allègrement les deux registres ? Les journalistes, d’ailleurs, tout en l’invitant régulièrement sur leurs plateaux, ne manquent pas ces derniers temps de le traiter assez durement, presque comme un trublion.

    Henri de Monvallier : Lorsqu’on regarde l’ensemble des livres politiques d’Onfray et lorsqu’on essaye d’en rendre compte, comme j’ai tenté de le faire dans Le tribun de la plèbe, on constate qu’à partir des années 2000, en parallèle des livres de théorie politique, Onfray pratique le genre de la chronique d’actualité. Il s’agit soit de textes écrits pour des journaux et ensuite regroupés en recueil, comme la trilogie de La philosophie féroce (2004-2010), soit de chroniques écrites progressivement et ensuite publiées en livres, comme pour La cour des miracles (2017) et Zéro de conduite (2018), le premier livre couvrant l’élection présidentielle de 2017, le second les six premiers mois du quinquennat Macron, ces deux livres formant du reste une trilogie qui s’ouvre par Décoloniser les provinces (2017), un manifeste girondin et libertaire qui constitue la contribution d’Onfray « à toutes les présidentielles ». Toutes les analyses d’Onfray sur l’actualité politique (et dernièrement ses réflexions sur le mouvement des gilets jaunes) sont une façon d’incarner la pensée libertaire, nietzschéenne, camusienne, proudhonienne et pragmatique qu’il revendique sur le plan théorique. Il y a donc, ici comme ailleurs, un souci de cohérence.

    Quant aux journalistes, ils invitent Onfray car ils savent qu’il est écouté et qu’il fait de l’audience.

    Quant aux journalistes, ils invitent Onfray car ils savent qu’il est écouté et qu’il fait de l’audience. Ceux qui l’invitent encore (il y a des stations comme France Inter où on ne le verra plus) le traitent, je dois dire, correctement, à moins d’une actualité liée à une polémique particulière qui peut donner lieu à des tensions ou des débordements sur certains plateaux. Le problème est surtout celui des émissions de télévision montées : je pense, par exemple, à On n’est pas couché, où Onfray notait dernièrement que certaines de ses déclarations sur Macron avaient été coupées au montage… Mais les émissions en direct, qui devraient normalement être la norme pour les talk-shows à la télévision, sont devenues, je le constate, rarissimes, à l’exception des chaînes d’information en continu.

    Thibault Isabel : L’éducation populaire est au cœur de la démarche d’Onfray. Là encore, on perçoit très bien l’influence de Proudhon. Comment l’ancien professeur en lycée technique en est-il arrivé à devenir le philosophe du peuple par excellence, fondateur d’une université populaire, etc. ? Je note d’ailleurs qu’Onfray a peu théorisé son rapport à l’éducation : trouve-t-on malgré tout dans son œuvre des éléments qui permettent de penser cette dimension, notamment dans ce qu’il a pu écrire autour de l’Université populaire de Caen ?

    Henri de Monvallier : C’est vrai qu’il n’y a pas de livre centré sur le thème de l’éducation en tant que tel dans l’œuvre d’Onfray, même s’il a publié en 2001 un Antimanuel de philosophie pour faire la synthèse de ses vingt ans d’enseignement en lycée. Malgré tout, on peut, comme vous le suggérez, considérer que les deux manifestes pour l’Université populaire de Caen, La communauté philosophique (2004) et Rendre la raison populaire (2013), jouent ce rôle. Il y a aussi le texte « Autobiographie au tableau noir », repris dans le recueil La parole au peuple (2017) et le texte « La danse des simulacres : autoportrait aux beaux-arts », une préface qui ouvre le volume récemment paru La danse des simulacres dans la collection « Bouquins », volume dans lequel sont rassemblés ses écrits sur l’art : Onfray y raconte comment il s’est éduqué à l’art en autodidacte, par le biais de rencontres et d’occasions, lui qui est né dans une famille où les préoccupations d’ordre esthétique étaient totalement absentes. Mais ce thème est transversal à toute son œuvre.

    Magali Fleurot a d’ailleurs proposé une contribution dans ce sens pour le Cahier de L’Herne à travers un texte sur l’éducation libertaire chez Owen et Onfray. L’essentiel de la pensée d’Onfray sur l’éducation réside, je crois, dans sa pratique de l’éducation populaire à travers les expériences de l’Université populaire de Caen (2002-2018) et de l’Université populaire du goût (2006-2018). Etant lui-même essentiellement un autodidacte, il croit aux rencontres qui suscitent le désir de savoir : son professeur de philosophie antique Lucien Jerphagnon a joué ce rôle à l’Université de Caen, dans sa jeunesse, pour la découverte de la philosophie, d’autres l’ont joué pour la musique, la peinture, etc. Son but n’est pas d’être un gourou ni de fabriquer des clones mais de donner à chacun les moyens de tracer son propre itinéraire intellectuel et existentiel.

     

    Onfray plèbe

    2 Commentaires

    1. Michel Onfray a raison lorsqu’il se moque des “gardiens du temple anarchiste” dont la dernière bévue est le boycottage de mes deux livres sur la Commune de Paris, dont le deuxième volume, intitulé “l’ébauche d’un ordre libertaire” fait référence à l’essai que Michel Onfray a consacré à Albert Camus.

      “Les 72 Immortelles” (éditions du Croquant)

    2. Tout cela est gentil mais totalement hors sol si l’on considère que nous sommes dans une interdépendance mondiale des économies, dimension tout à fait oubliée… un peu comme les économistes qui pensent l’organisation du monde à partir de ressources naturelles illimitées et gratuites ! pensée politique risible ! En revanche, sa contre histoire de la philosophie demeure passionnante !!

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