Alain Durel: “L’utopie korrigane ou la profondeur du merveilleux”

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Alain Durel Mériadec

Vous ne savez pas quel livre offrir à vos enfants pour les vacances ? Nous avons trouvé pour vous. Mériadec le magicien : Le trésor du roi Morvan, sorte de « Club des cinq » du Morbihan, mêle adroitement le merveilleux chrétien avec la magie païenne et se lit avec jubilation. Il offre en filigrane une vision du monde très forte, très subtile, qui ravira l’intelligence. C’est un livre à découvrir absolument ! Polygraphe polyglotte, grand voyageur et éternel jeune homme, Alain Durel est l’auteur d’une œuvre aussi variée que ses nombreuses vies : essais et traités, récits de voyages et de pèlerinages, biographies et autobiographie, poèmes et haïkus, sentences et aphorismes… Amoureux de la Bretagne, notre jeune père de famille s’est lancé dans une nouvelle aventure pour satisfaire sa fille Philomène : un roman « jeunesse », c’est-à-dire à la fois de jeunesse et pour la jeunesse, qui ravira les jeunes d’âge comme d’esprit.


 

« Le korrigan conduisit les adolescents à travers le couloir du cairn jusqu’à la salle funéraire. Du bout de ses longs doigts, il dessina une figure étrange sur le sol. Aussitôt, l’une des énormes dalles du parterre se souleva. Avec beaucoup d’agilité, la créature sauta dans l’ouverture et invita les adolescents à le suivre. Yannic regarda Katell, interrogateur. Erwan, voyant leur hésitation, emboîta le pas au korrigan, ce qui incita les jumeaux à en faire autant. La dalle de pierre se referma derrière eux. Tout un monde souterrain s’ouvrait à leur vue, enveloppé d’un halo de lumière bleue diffusée par des sortes de lucioles fluorescentes. Après quelques minutes de marche dans un couloir bas de plafond, les trois adolescents et leur étrange guide parvinrent sur la place d’un village troglodyte où toute une population de korrigans s’affairait.

— Que font tous ces gens ? demanda Katell.

— Nous préparons la grande fête de Samain, répondit le korrigan. Nous serions honorés de vous avoir parmi nous. Mais, pardonnez-moi, je ne me suis pas présenté. Je m’appelle « Korry ». Orphelin de naissance, j’ai été confié par une fée au druide Mériadec qui m’a élevé comme son propre enfant. Il y a quelques temps, j’ai décidé de retrouver les miens et de venir vivre parmi eux.

— C’est donc vous que Mériadec appelait lorsque nous sommes allés lui rendre visite, dit Katell.

— C’est probable, répondit le korrigan.

— Vous avez dit « le druide », intervint Yannic, mais l’ermite n’est-il pas plutôt un moine ?

— Pour le monde des hommes, c’est un moine, mais pour le monde d’en bas, le monde souterrain des fées et des korrigans, c’est un druide. Il a la double nationalité, dit le Korrigan en souriant.

Mériadec Alain Durel

Un orchestre de korrigans venait de s’installer au milieu de la place. Chaque musicien était assis sur un tonneau. Il y avait des joueurs de bombarde, de biniou, de harpe, de flûte et de tambourin. La foule des korrigans se mit en cercle en se tenant par le petit doigt.

— Vous dansez comme nous ? s’étonna Erwan.

— Dites plutôt que vous dansez comme nous, répondit le korrigan. C’est nous qui avons enseigné la musique aux Bretons de grande et de petite Bretagne.

Les adolescents, guidés par leur nouvel ami, prirent place dans le cercle des danseurs. Les musi­ciens entamèrent un kost ar C’hoat endiablé qui provoqua l’enthousiasme des korrigans. Yannic, Katell et Erwan s’appliquèrent au mieux pour suivre le rythme et les pas de cette danse soutenue. Lorsque la musique cessa, Yannic, en sueur, demanda au korrigan, s’il pouvait boire quelque chose. Korry s’em­pressa de le conduire jusqu’à un comptoir installé sur la place et lui offrit un verre.

— C’est bon ! fit Yannic. Qu’est-ce que c’est ?

— C’est de la bière de ver de terre…

Yannic ne put s’empêcher de recracher la gorgée qu’il venait tout juste d’avaler.

— Qui gouverne le peuple des korrigans ? demanda le jeune homme en réfreinant une grimace de dégoût.

— Le peuple des korrigans se gouverne lui-même ! répondit fièrement la créature.

Le principe de la société korrigane est « Unité dans la diversité ». Plus on est soi-même et plus on est capable d’apprécier les autres. Dans la commune korrigane, chacun est encouragé à déve­lopper ses talents et à affirmer sa personnalité propre dans la mesure où plus les korrigans sont originaux et plus ils s’enrichissent mutuellement.

Korry expliqua alors le fonctionnement de la société korrigane : « A l’inverse de la société des hommes qui repose sur la peur et la violence, le principe de notre organisation sociale est l’entraide. Si les vôtres pensent que l’homme est un loup pour l’homme, nous croyons au contraire que les korrigans sont bons par nature. Notre monde est une fédéra­tion de communes autogérées, administrées par des citoyens élus pour un mandat impératif et révocable à tout moment. Autant dire que les politiciens profes­sionnels n’existent pas chez nous. Aucune idéologie particulière ne préside à notre destin collectif. Notre société est organisée de bas en haut, en partant de l’in­dividu pour aller vers la chose publique.

« Notre fédé­ration comporte les korrigans d’Ecosse, d’Irlande, de l’île de Man, de Cornouailles, du pays de Galles, de Galicie et de Bretagne insulaire. Aucun groupe ne peut prétendre imposer sa volonté aux autres. Chaque groupe possède sa propre langue, gaëlique, cornique ou brittonique, mais utilise également une langue commune, le korreg. Il n’y a pas de police ni de tribunaux, mais une assemblée de sages pour tran­cher les litiges.

« Le principe de la société korrigane est “Unité dans la diversité”. Plus on est soi-même et plus on est capable d’apprécier les autres. Dans la commune korrigane, chacun est encouragé à déve­lopper ses talents et à affirmer sa personnalité propre dans la mesure où plus les korrigans sont originaux et plus ils s’enrichissent mutuellement. Bien que les Korrigans soient très attachés à leurs traditions ances­trales, ils considèrent leur culture comme une réalité vivante qu’ils se doivent de réinterpréter et d’adapter chaque jour. Il n’y a donc pas d’uniformité, pas plus que d’uniforme ! »

Alain Durel

 

Extrait de Mériadec le magicien, « Le secret de Gavrinis », Editions des Montagnes Noires, pp. 136-139

 

Présentation de l’éditeur

Mériadec le magicien. Le trésor du roi Morvan, roman fantastique, écologique et celtique pour les enfants de 7 à 77 ans !

Yannic, Katell et Erwan, trois adolescents d’Auray, découvrent l’existence d’un projet de mine d’uranium dans le Morbihan. Sensibilisés par leurs parents aux questions écologiques, ils se mettent en tête de le faire échouer. La vie des trois jeunes gens bascule dans l’inconnu le jour où Yannic a une vision mystérieuse… Face à l’irruption du fantastique dans leur vie, les trois jeunes gens vont prendre conseil auprès de Mériadec, un ermite excentrique et facétieux qui vit dans la forêt de Langonnet. Le vieux magicien leur révèle alors que les adversaires qu’ils devront affronter ne sont pas de simples capitaines d’industrie mais les jouets d’une puissance maléfique, le Seigneur des ombres. Or, ce dernier ne désire pas seulement la destruction de la nature, mais aussi celle de la culture bretonne…

Un conte fantastique où les légendes celtiques côtoient les luttes écologiques de notre temps. Un voyage initiatique à travers la Bretagne d’hier et d’aujourd’hui.

Alain Durel est l’auteur d’une vingtaine de livres publiés, notamment, chez Albin Michel, Desclée De Brouwer, Eyrolles ou aux Presses de la Renaissance, mais aussi en langue bretonne chez Mouladurioù Hor Yezh. A partir de 2018, il se tourne vers la littérature de l’imaginaire pour, dit-il, raconter des histoires à sa fille, fan de Harry Potter et du Seigneur des anneaux.

 

Vous pouvez commander l’ouvrage d’Alain Durel sur le site Coop-Breizh en cliquant ici !

 

Et vous pouvez aussi visiter le site de l’éditeur, Montagnes noires.

roi Arthur

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