Denis Collin: “La PMA pour toutes”

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    PMA-GPA

    Le projet de loi permettant la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes célibataires a été présenté en Conseil des ministres le 24 juillet, et le projet de loi de bioéthique sera examiné à l’Assemblée nationale à partir du 24 septembre. Le texte pourrait ensuite arriver au Sénat en janvier 2020 pour être promulgué à la fin du premier trimestre. Rappelons qu’à ce jour la PMA est légale, mais n’est réservée qu’aux couples hétérosexuels infertiles ou à ceux susceptibles de pouvoir transmettre une maladie au nouveau-né. Si la loi est votée, toutes les femmes pourront recourir à cette technique de procréation. Le philosophe Denis Collin, qui anime le site La Sociale, ouvre ici le débat.


     

    La PMA pour toutes (j’ai récemment écrit un papier sur la PMA « pour tou.te.s ») introduit un changement anthropologique majeur. Sur sa demande, une femme pourra bientôt obtenir des gamètes mâles en vue de concevoir un enfant sans père – car on ne peut guère appeler « père » un homme réduit à être un donneur de sperme. Ce pourrait facilement être une opération démédicalisée et on ira vers toujours plus de facilité : on achètera sa fiole de sperme comme on achète le vaccin contre la grippe. C’est le progrès !

    PMA

    De la PMA à la GPA.

    Ceux qui pensent qu’on pourra mettre des garde-fous s’illusionnent complètement. Du côté de la gauche « progressiste », on dit « la PMA, oui, mais la GPA, non ! ». Autre blague, mauvaise blague. Comment continuera-t-on d’interdire la GPA pour les homosexuels alors qu’on a accordé la PMA à toutes les femmes ? Les « gays » vivront cette situation comme une intolérable discrimination, puisque tous les arguments développés pour justifier la PMA pour toutes peuvent être repris, mutatis mutandis, pour les homosexuels. A moins qu’on admette qu’il y a une différence essentielle entre hommes et femmes, une différence qui tient à la nature (les femmes portent les enfants et non les hommes) et, là, les « genristes » vont hurler contre ce retour inopiné du sexe.

    Sur sa demande, une femme pourra bientôt obtenir des gamètes mâles en vue de concevoir un enfant sans père – car on ne peut guère appeler « père » un homme réduit à être un donneur de sperme.

    Le danger du passage de la PMA à la GPA est le seul qui inquiète la gauche progressiste. Mais c’est avoir le nez collé sur le problème si bien qu’on n’y voit plus que goutte. Si on va jusqu’au bout de la signification de la PMA pour toutes, elle signifie purement et simplement l’élimination symbolique des pères, l’éradication radicale de toute tentation de revenir au patriarcat en éliminant la paternité.

    L’abolition de la paternité.

    On pourrait très bien concevoir une société de femmes utilisant un mâle producteur de sperme comme une simple ressource. Un peu comme dans l’élevage bovin moderne on utilise un taureau pour inséminer un troupeau de vaches, lesquelles constituent le véritable bien de l’éleveur. Les autres mâles deviennent totalement inutiles (on en sélectionnerait quelques-uns pour leurs qualités physiques inscrites dans leur ADN) et il faudrait trouver un usage pour les autres tant qu’on ne peut pas complètement guider les mécanismes de la méiose et produire à volonté des mâles ou des femelles. Chez les bovins, les mâles surnuméraires sont castrés et engraissés pour être mangés.

    On pourrait reprendre ici la Modeste proposition de Jonathan Swift qui proposait de manger les bébés des pauvres pour éradiquer la pauvreté en Irlande. Comme nous sommes devenus insensibles à l’humour noir anglais, on pourrait imaginer une autre solution : que tous les mâles inutiles se transforment en femmes en subissant une procédure de « réassignation de genre » (traitements hormonaux plus chirurgie plastique). Nombreux sont les « militant.e.s » qui ne sont pas loin de cette solution quand ils proposent la « dévirilisation » systématique de l’éducation des garçons et le pauvre Aragon qui chantait que « la femme est l’avenir de l’homme » trouverait un peu grinçante la traduction post-moderne de son poème.

    GPA

    Vers le post-humain.

    Evidemment, j’exagère ! Au lendemain du vote de la nouvelle loi bioéthique promise pour l’automne, rien n’aura changé… en apparence. Mais une nouvelle étape aura été franchie sur un chemin qui conduit au-delà de l’humain. Foucault l’avait annoncé : l’homme est voué à disparaître comme un visage de sable. L’au-delà de l’homme est annoncé depuis un siècle et demi. Le post-humain, quelle que soit l’interprétation qu’on en donne, est dans l’air du temps.

    C’est peut-être plus ancien : le christianisme repose sur l’histoire d’un homme né d’une femme et de l’intervention du saint Esprit. Cet homme n’a pas de père au sens ordinaire du terme, Joseph ayant été dûment chapitré par l’ange sur la place à laquelle il devait se tenir. Ce Jésus devenu « Christos », « oint », est aussi celui qui affirme : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. » (Matthieu, 23,9). Mise à la place de Dieu, la technoscience réalise la prédication. Toutes les femmes pourront devenir des vierges maries et l’on sera définitivement débarrassé du péché de la chair. Une autre humanité naîtra ou renaîtra grâce à la nouvelle normativité qui n’est plus dans le livre mais dans la science.

    La condition humaine.

    Mais, comme toujours, la réalisation s’effectue comme négation. Ce qui dans le christianisme était symbolique et seulement symbolique – c’est-à-dire renvoyant à l’effort spirituel – se réalise sous la forme barbare, grâce aux colifichets de la technique. Quand Paul dit « il n’y a plus ni hommes ni femmes », il n’a évidemment pas voulu dire « devenez transgenres » ! Invoquera-t-on le progrès ? Si les Lumières ont commencé à envisager l’égalité des femmes et des hommes (voir Condorcet… ainsi que Descartes qui écrit en français pour être compris « même des femmes »), leur progressisme n’a jamais imaginé l’abolition de la séparation sexuelle de l’humanité, même si les hermaphrodites fascinaient Diderot.

    Foucault l’avait annoncé : l’homme est voué à disparaitre comme un visage de sable. L’au-delà de l’homme est annoncé depuis un siècle et demi. Le post-humain, quelle que soit l’interprétation qu’on en donne, est dans l’air du temps.

    Le christianisme tout comme les Lumières annonçaient un accomplissement plein et entier de l’humanité. Ce qui se joue aujourd’hui, c’est tout autre chose : arracher l’humanité à sa condition – l’homme a été créé homme et femme, dit la Genèse – pour préparer l’advenue d’un autre genre, celui d’après l’homme. Délire d’un philosophe en mal de prophétisme ? Hélas, non ! Pendant qu’on se prépare à procréer sans rapport sexuel (l’idéal des curés enfin réalisé), on greffe des cellules humaines sur des souris et on tente de réduire toute ce qui est mental à du machinal (IA).

    « On n’arrête pas le progrès ! » C’est possible. Ce monde radicalement nouveau, nous avons tous contribué à sa venue, et les nouvelles générations l’adopteront avec enthousiasme – les « vieux cons » étant priés de se taire avant que les lois « anti-haine », qu’on adopte un peu partout, de l’Allemagne à la France en passant par le Canada, ne les conduisent en prison pour le délit de haine des post-humains.

    Denis Collin

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