Falk van Gaver: “Pour une séparation de l’école et de l’Etat”

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    Ecole, rentrée des classes

    Avec la rentrée des classes, il faut se remettre à préparer les cartables pour une nouvelle année d’école et de tableau noir. C’est aussi l’occasion de s’interroger sur le modèle éducatif que nous souhaitons proposer à nos enfants. En France, le système scolaire est extrêmement centralisé et monopolisé par l’Etat, même dans l’éducation privée. Les programmes sont imposés à l’échelle nationale, et les enseignants jouissent de très peu de liberté pédagogique. Tout semble conçu pour conformer les élèves et leurs professeurs au moule étriqué de la pensée unique ministérielle. Un système aussi restrictif est-il compatible avec les idéaux démocratiques d’émancipation et d’esprit critique ? Est-il à même d’élever les consciences à un niveau de culture suffisant pour s’arracher au conformisme de la société ? Falk van Gaver n’est pas tout à fait sûr d’y croire…


     

    Comment une structure aussi pyramidale, verticale, opaque, autoritaire et antidémocratique que l’Education nationale pourrait-elle prétendre produire la liberté et l’égalité en formant des citoyens démocratiques ?

    La pyramide du Grand Mammouth.

    La question mérite au moins d’être posée. Par sa pratique hiérarchique et bureaucratique, l’instruction publique ne forme concrètement pas des citoyens, mais des sujets de l’Etat. Avec son fonctionnement unilatéral et hyper-centralisé, la grande machine éducative française est très loin de promouvoir le modèle officiel de l’individu « libre et éclairé », tant parmi le personnel éducatif que parmi les élèves et leurs familles ; il promeut plutôt le modèle du fonctionnaire d’Etat. Il faut croire que l’objectif est moins de garantir l’exercice de la décision démocratique que la soumission à l’autorité transcendante du pouvoir.

    Avec son fonctionnement unilatéral et hyper-centralisé, la grande machine éducative française est très loin de promouvoir le modèle officiel de l’individu « libre et éclairé », mais plutôt le modèle du fonctionnaire d’Etat.

    Dans un de ses cours dispensés au Collège de France, Michel Foucault disait : « Ce sont les relations d’assujettissement effectives qui fabriquent des sujets. » (21 janvier 1976, « Il faut défendre la société ») On comprend donc que l’éducation est un enjeu prioritaire de la fabrication du sujet – et donc qu’une émancipation des individus de la tutelle perpétuelle de l’Etat ne peut en aucun cas passer par une institution étatique : la formation de personnes libres ne peut passer que par une éducation libre. L’éducation ne pourra devenir émancipatrice que quand elle se sera elle-même libérée de l’Etat.

    Ecole fédérale

    Quelle école pour demain ?

    Seule une école publique libre sera en mesure de former des citoyens libres. Seule une école démocratique et autonome, sur des bases associatives et confédératives, sera en mesure de former à la démocratie et à l’autonomie.

    Le développement de l’enseignement privé est à cet égard symptomatique : on le dit abusivement « libre », alors qu’il n’est accessible qu’à certaines catégories de la population et qu’il se soumet directement ou indirectement à la tutelle de l’Etat, selon qu’il soit ou non sous contrat avec ce dernier. Malheureusement, en dépit de quelques rares exceptions d’écoles alternatives – et malgré le sentiment de proximité et la plus forte interaction avec les familles, la plus forte participation des parents d’élèves –, cet enseignement ne fait généralement que reproduire à petite échelle un fonctionnement hiérarchique doublé d’une mentalité paternaliste, serait-ce un « paternalisme de proximité ».

    Ecole, enseignement

    Vers un enseignement autonome, associatif et fédératif.

    Il faudrait un exode significatif si ce n’est massif non seulement des élèves mais avant tout des éducateurs vers un enseignement public libre – autonome, associatif et fédératif – pour amorcer une véritable (r)évolution démocratique de l’éducation. Pour le moment, on n’en voit guère que de timides et courageux essais dans les quelques créations d’écoles communales libres en-dehors de tout contrat avec l’Etat.

    Il faudrait un exode significatif si ce n’est massif non seulement des élèves mais avant tout des éducateurs vers un enseignement public libre – autonome, associatif et fédératif – pour amorcer une véritable (r)évolution démocratique de l’éducation.

    Les professeurs comme les parents peuvent déplorer la réduction à presque rien des derniers lambeaux de liberté pédagogique : un corps de fonctionnaires d’Etat ne sera jamais, en aucun cas, un modèle d’éducation à la liberté, à la démocratie et à l’autonomie. Une éducation étatique ne saurait être une éducation démocratique. La démocratie, pouvoir de décision populaire, ne se fonde que sur l’autonomie de la délibération populaire. Une éducation libre ne se fonde donc que sur l’autonomie scolaire.

    Falk van Gaver

    4 Commentaires

    1. Puis-je rappeler que le premier acte politique de la Commune de Paris fut de décréter la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le 2 avril 1871 qui était le dimanche des Rameaux. Cette amorce d’une sécularisation de la société qui prit fin brutalement avec le massacre des Communeux, ne fut reprise que bien des années après – et du bout des dents – par la “république des ducs”…

      cf mon essai historique et mémoriel “Les 72 Immortelles” (éditions du Croquant)

    2. Dans les débats qui ont précédé la décision communale, plusieurs interventions se sont produites en faveur de l’indépendance totale du corps enseignant vis à vis de quelque autorité que ce soit : j’aurais du le préciser dans mon commentaire initial concernant votre excellent article.

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