Pascale Mottura: “La Résistance à l’oubli”

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Pascale Mottura, L'inactuelle

Voilà quatre-vingt années que la Seconde Guerre mondiale fut déclenchée, et l’époque sombre de l’occupation continue de hanter nos mémoires. Les familles doivent vivre avec les échos noirs ou glorieux du passé, avec l’ombre bienfaisante ou écrasante de leurs aïeux. Pleinement concernée par le sujet en tant que petite-fille de résistant mort en déportation, Pascale Mottura évoque ici deux livres qui abordent ce thème: La part du fils, de Jean-Luc Coatalem (Stock) et La fabrique des salauds, de Chris Kraus (Belfond).


 

Sur la jaquette, des tourbillons rouges au sein d’un océan bleu-vert. J’y vois un ouragan de sang et d’eau, cramoisi de larmes. Surprise, cette oeuvre de Fabienne Verdier est titrée « L’essence des fleurs » [1]. Curieux choix iconographique pour La part du fils, dernier livre de Jean-Luc Coatalem [2] ? Plutôt l’annonce du principe vital guidant cet écrit sur la filiation et la cautérisation d’une plaie familiale. Une carence comblée au moyen d’une greffe littéraire. Ainsi agit, de greffon en greffon, la sève des végétaux.

La part du fils, Coatalem

La part du fils.

L’auteur dédie son roman à son père Pierre, enfant de déporté qui, face au choc provoqué par la disparition, s’est placé toute sa vie en état d’urgence, empêchant la diffusion de l’information, assignant la douleur à résidence, ses propres enfants interdits de séjour dans le pays de sa vulnérabilité.

Dans La part du fils, Coatalem le voyageur fouille et trifouille ses racines pour régénérer le lien de père à fils. Une manière de cultiver son arbre de vie. « Ecrire comme un travail de deuil. Une effraction et une floraison » explique-t-il.

Camille Coatalem (Paol dans le roman) fut arrêté le 1er septembre 1943 suite à une dénonciation vengeresse d’un salarié fraîchement licencié. Cette délation rapportait des propos anti-allemands: l’accusé l’aurait traité de « plus boche que les boches ».

Buchenwald, Dora… Paol devint une « chair à chantier » avant de mourir à l’infirmerie de Bergen-Belsen après un bombardement, le 12 mai 1944.

Plusieurs milliers d’hommes furent ainsi arrêtés dans toute la France pour s’être rendus coupables de délits politiques mineurs ou plus vaguement soupçonnés de sentiments anti-allemands et considérés comme simplement « douteux » par les autorités d’occupation.

Il fut déporté dans le cadre de l’Aktion Meerschaum (« Ecume de mer »), nom de code d’une opération de « recrutement » en Europe de l’ouest d’une main d’œuvre apte à travailler pour le Reich. Plusieurs milliers d’hommes furent ainsi arrêtés dans toute la France pour s’être rendus coupables de délits politiques mineurs ou plus vaguement soupçonnés de sentiments anti-allemands et considérés comme simplement « douteux » par les autorités d’occupation.

Ce père de famille cinquantenaire, lieutenant de réserve de l’infanterie coloniale, avait subi les orages d’acier de la première guerre mondiale, ce qui lui valut la croix de guerre en 1918. Le 15 mars 1943 il rejoignit le mouvement Libération-Nord dans le Finistère. Durant ces quatre mois et demi, son activité a consisté à fabriquer de faux papiers pour les réfractaires au STO.

Motif de son arrestation : « inconnu ». C’est la raison – ou plutôt l’absence de raison – indiquée sur les fiches des déportés de l’opération Meerschaum. La seule explication réside dans la machine concentrationnaire et les besoins économiques de l’Allemagne nazie. C’est cela l’impensable, l’intolérable, cela qui empêche un sain travail de deuil.

La littérature pour consolation.

Dès lors, comment accepter la fin dramatique mais prosaïque de celui qui fut un soldat courageux en 14-18, au final broyé par le Reich comme un esclave, une bête de somme ?

« Motif inconnu ». Jean-Luc Coatalem achoppe absolument sur ces mots et se bute dans une représentation imaginaire du parcours de son grand-père sublimé en héros de la Résistance. Là est « la clé initiale » de son récit mi-réel mi-fantasmatique.

La détresse de l’auteur face à son père raidi par la peine est poignante. « Pierre n’en démordait pas. Le silence était une pâte transparente qui avait durci jusqu’à nous immobiliser dedans. Nous nous voyions à travers sans nous entendre. Ce drame ne serait jamais le mien ; il ne me l’accordait pas ; pourquoi insister ? ».

Avec ses voyages « au pays des bourreaux », les plus belles pages du livre sont ces face-à-face sensibles où l’on voit Coatalem suffoquer sous la chape du silence paternel. « Silence du père. Silence sur le père. Silence des fils entre eux. »

La détresse de l’auteur face à son père raidi par la peine est poignante. « Pierre n’en démordait pas. Le silence était une pâte transparente qui avait durci jusqu’à nous immobiliser dedans. Nous nous voyions à travers sans nous entendre. »

Vrillé par la douleur tue dans sa famille, Coatalem veut donner vie et éclat à son « pauvre petit grand-père inconnu », quitte à rêver, à magnifier cette figure tutélaire. Contre vents et marées, bravant l’interdit paternel, il s’immerge dans une documentation historique, consulte les archives, se rend sur les lieux du malheur, de Brest à Bergen-Belsen, arrive « à la frontière du supportable », pour mieux extraire l’essence de sa propre vie.  « Allant vers lui, j’avais fait au mieux un peu de chemin vers moi… ».

Chemin faisant, il raccommode l’histoire, comble les trous par des visions habitées par ses fantasmes et servies par sa dextérité littéraire. Nonobstant les archives, il s’imagine diverses activités de résistance cachées, une arrestation violente, des interrogatoires sous torture. Bref, il crée Paol, avatar glorieux de Camille. Pour Coatalem, la littérature est une consolation.

La vérité et la fiction.

Dans la réalité, la famille de Camille Coatalem s’est vu refuser à deux reprises, en 1956 et en 1963, le titre de Déporté interné Résistant pour ce dernier au motif que « l’intéressé ne remplit pas les conditions exigées » (c’est-à-dire un acte qualifié de résistance à l’ennemi). Le statut de Déporté Interné Politique a été appliqué à son cas. Par ailleurs, la mention « mort pour la France », récompense morale relative à l’état civil, lui a été accordée.

Rappelons que la loi du 6 août 1948 définit un statut des déportés et internés de la Résistance, celle du 9 septembre un statut de déporté et interné politique. Ce dernier ne renvoie pas à une quelconque activité politique, il concerne l’ensemble des autres déportés non-résistants (juifs, victimes de rafles, réfractaires au STO, communistes, personnes ayant manifesté des opinions anti-allemandes, etc.), à l’exclusion des condamnés de droit commun et des étrangers.[3]

Les subtilités de la construction de ce livre ambigu ne pourront être décodées que par des lecteurs suffisamment avertis, sachant notamment décrypter les archives de cette période.

« Ce récit tient du roman » indique l’auteur dans sa postface. Cette volonté de l’auteur et de l’éditeur de ballotter le lecteur entre faits réels et illusoires pose nettement la question morale de la vérité en littérature.

« Ce récit tient du roman » indique l’auteur dans sa postface. Le mot roman est écrit minusculement sur la couverture et la jaquette. Cette volonté de l’auteur et de l’éditeur de ballotter le lecteur entre faits réels et illusoires pose nettement la question morale de la vérité en littérature. La mémoire de la Résistance étant encore très sensible, cela devrait susciter le débat.

Un grand sujet de roman serait une investigation des scrupules d’un homme qui, ayant dans sa jeunesse affronté avec courage les déluges de fer et de feu de la Grande Guerre, plus âgé et ayant charge de famille hésite à s’engager suprêmement contre l’ennemi pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour, en fin de compte, être rattrapé par un sort funeste, injuste et révoltant. C’est une grande question humaine.

Chris Kraus

Les familles face à leur passé.

Selon les familles, les chapes de plomb n’étouffent pas le même passé.

Les petits-enfants des nazis, des collabos, des sympathisants vichystes et pro-allemands, des experts en marché noir, ne sont pas responsables des actes de leurs aïeux mais le poids de la seconde guerre mondiale pèse sur eux. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir s’extraire publiquement de cette sombre gangue. Que l’on pense à Marie Chaix, à Alexandre Jardin…

Pendant quinze années, le réalisateur et écrivain allemand Chris Kraus a exploré les archives de sa famille, des Allemands originaires des Pays baltes, pour retracer le parcours de son grand-père. Cet homme, il croyait le connaître, le trouvait affectueux et lumineux, jusqu’à ce qu’il découvre par hasard, en 2000, son appartenance aux Einsatzgruppen, les commandos de la mort nazis, ainsi qu’au Sicherheitsdienst (le SD, service de renseignements de la SS). Aujourd’hui, Chris Kraus publie La fabrique des salauds chez Belfond.

Chez lui on ne parlait jamais de ce passé, ou de manière idyllique, considérant la SS comme une unité de combat normale. Comme partout ailleurs en Allemagne, une chape de plomb empêchait la parole.

A cause de la publication de son roman, Chris Kraus est aujourd’hui fâché avec ses parents incapables de reconnaître la moindre culpabilité. « Par loyauté envers leurs propres parents, ils n’ont pas parlé, ils n’ont pas transmis. Là a commencé le mensonge » déplore-t-il.[4]

A cause de la publication de son roman, Chris Kraus est fâché avec ses parents incapables de reconnaître la moindre culpabilité. « Par loyauté envers leurs propres parents, ils n’ont pas parlé, ils n’ont pas transmis. Là a commencé le mensonge. »

Le philosophe Peter Sloterdijk, né en 1947, pense quant à lui [5] « On était deux fois coupable. D’abord on avait assisté à des choses atroces, même si on ne les avait pas commises de nos propres mains. Et après on a voulu repartir à zéro comme si rien ne s’était passé. Coupable de ce qui a été. Coupable de la volonté d’oublier ». Même à la suite des procès des criminels de guerre, personne ne voulait vraiment savoir ce que papy avait fait sous le national-socialisme…

Si l’efficacité de la machine nazie releva d’une addition de responsabilités individuelles, La fabrique des salauds soulève aussi la question de la responsabilité collective.  « Tout va à vau-l’eau dans notre siècle où toutes les valeurs, tous les repères ont été inversés » dit un personnage du roman.

« Nous sommes à nouveau dans un moment où nos sociétés occidentales menacent de devenir totalitaires. Le populisme d’extrême-droite se renforce en France, en Allemagne… Il faut éviter le pire et la connaissance de l’histoire est indispensable » énonce Chris Kraus.

Siegburg prison, Coatalem
La prison de Siegburg

Je le fais pour toi.

Arrière-grand-père adjudant mort pour la France [6] en 1915 en Bavière ; grand-père officier marinier, Résistant mort en déportation en 1945 ; grand-mère Résistante ; père jeune adolescent Résistant puis officier dans l’armée de terre… je connais bien moi aussi la « grande muette ». Les non-dits ; le non-savoir qui mine intérieurement. Je sais l’extrême difficulté, voire la quasi-impossibilité des combattants à opérer du couvre-feu de la douleur à la libération émotionnelle.

Aussi, la lecture de La part du fils a fait naître en moi un profond malaise. Qu’ai-je fait, moi, pour mieux connaître et saluer la mémoire de mon grand-père maternel ? Où en étais-je de ma part de fille ?

Tractions avant Citroën, caves de la Gestapo, prisons, trains de la destination finale… toutes ces portes qui se sont fermées sur lui ont anéanti toute chance pour moi de me réfugier dans ses bras grands ouverts.

Qu’ai-je fait, moi, pour mieux connaître et saluer la mémoire de mon grand-père maternel ? Où en étais-je de ma part de fille ?

Pour ce grand-père, Alfred Sabatier [7], le D-day, 6 juin 1944, fut le jour de son transfert en Allemagne après six mois passés à la prison de Montluc ponctués de nombreux interrogatoires dans les caves de l’Ecole de santé militaire, un des sièges de la Gestapo à Lyon. Arrivé le 4 juillet à la prison de Siegburg en Rhénanie, lieu de détention de nombreux prisonniers classés NN (procédure Nuit et Brouillard [8]), il ne devait jamais revenir. Il avait été arrêté alors qu’il venait de relever les plans du terrain d’aviation de Bron et suite à des opérations sur le secteur au titre de l’Armée Secrète. Il avait 37 ans.

La part du fils est un puissant catalyseur mémoriel. Un aspect positif de cette lecture fut ainsi ma décision de me lancer dans une quête archivistique afin de compléter les éléments dont dispose ma famille (nous avons la chance, par exemple, de posséder sa fausse carte d’identité, ses fausses lunettes, tout un recueil de messages à ma grand-mère écrits sur des feuilles de papier à cigarette depuis Montluc, extrêmement émouvants). Mon but est de sortir de l’abstraction, de donner chair à son vécu, à sa résistance multiforme. Pour lui, pour elles (ma grand-mère et ma mère aimées). Pour être en paix avec moi-même.

J’ai terminé le livre un mercredi soir. Le lendemain matin, je me rendis, déterminée, au Service Historique de la Défense (SHD) de Vincennes. Je ne savais pas que je tirai le fil d’une pelote appelée à grossir de jour en jour…

Klaus Barbie, Coatalem

Tous aux archives !

La mémoire est la sentinelle de l’esprit

Shakespeare, Macbeth, I, VII – 1605

Ces archives de la Défense sont publiques et tendent les bras à toutes et à tous. Par contre, vouloir savoir exige combativité et ténacité [9]. Dans sa Lettre de mars 2017, la Fondation de la Résistance a publié un vade-mecum : « La recherche biographique sur un résistant », prévenant les intéressés : « Ce dossier se veut un petit guide d’orientation à travers le “maquis” des archives permettant de reconstituer, non pas la biographie entière d’un résistant, mais son parcours dans la Résistance. Il s’adresse avant tout aux chercheurs amateurs qui, par intérêt familial ou autre, souhaitent se lancer dans ce type de recherche passionnante quoique semée d’embûches. »

Toutefois, pas de panique. « En avant, calme et droit » ! Les archives se structurent et s’étoffent progressivement. Elles sont de plus en plus accessibles.

Les musées et lieux de mémoire pédagogiques sont aussi de plus en plus nombreux (nouveau musée de la Libération de Paris inauguré en août 2019 ; ouverture au public de l’ancienne prison de Montluc à Lyon en 2010, et tant d’autres…).

Le SHD fut créé en janvier 2005 afin de réunir tous les documents possédés par chaque branche de l’armée, simplifiant leur conservation et leur communication. Certains fonds n’ont été mis à la disposition du public que très récemment, telle la sous-série GR 28 P émanant des services secrets français libres, le Bureau central de renseignement et d’action (BCRA), voici deux ans. Par ailleurs, la bibliothèque du SHD compte près d’un million de documents (livres, journaux et revues, manuscrits, atlas) du XIIe siècle à nos jours. L’inscription est gratuite et immédiate pour tous, sur présentation d’une pièce d’identité.

A partir des années 2000, l’internet a considérablement favorisé la transmission de ces archives dont le classement et la numérisation sont toujours en cours. Un travail de longue haleine. Les musées et lieux de mémoire pédagogiques sont aussi de plus en plus nombreux (nouveau musée de la Libération de Paris inauguré en août 2019 ; ouverture au public de l’ancienne prison de Montluc à Lyon en 2010, et tant d’autres…).

Une sève de sang et de larmes.

A contrario, certaines noires mémoires de lieux sont l’objet d’une volonté d’effacement. Ainsi Siegburg, pourtant connue pour avoir été une des prisons les plus dures, lieu de détention et de mort, par exemple, de l’espionne Louise de Bettignies en 1918.

Située entre Cologne et Bonn, la ville de Siegburg, dont la célèbre abbaye de Michaelsberg évoque le Mont Saint Michel [10], est maintenant réputée comme destination touristique pour son carnaval, sa fête du vin, son Triathlon, son marché de Noël, etc. In situ n’existe aucun mémorial saluant les milliers de déportés qui y ont souffert et qui y sont morts d’atroce manière sous le régime nazi ! Parce que les témoins directs disparaissent ; parce que nos parents, traumatisés, peu formés à la recherche historique (de plus à une époque où les archives n’étaient pas facilement abordables), occupés à reprendre goût à la vie après la guerre et souhaitant protéger leurs enfants de l’horreur, se sont retranchés dans le silence ; c’est à la troisième génération – et déjà à la quatrième…- qu’il incombe de faire vivre cette matière vivante et de la manière la plus honnête possible.

Le but n’est pas d’entretenir la souffrance. C’est tout le contraire. Rien n’oblige à laisser la douleur s’enraciner dans le terreau de notre cœur. Ce sont les racines mal cultivées, mal aérées, qui pourrissent, suscitant peurs et luttes incessantes.

Les professionnels rencontrés depuis quinze jours dans différents services historiques ont tous été chaleureux et attentifs, m’orientant efficacement, navrés de ce « parcours du combattant » que doivent effectuer les descendants de Résistants pour glaner leur mémoire. Tous déplorent l’absence d’une centralisation des données qui permettrait d’obtenir d’un clic toute la documentation existante. Un voeu pieux aujourd’hui ; mais demain? Peut-être.

Leur fin fut si sombre, il nous faut éclairer leur mémoire, favoriser la circulation de cette belle quintessence humaine de génération en génération. Ne pas nous résoudre à une histoire opacifiée par le sel des coulées de larmes.

Comprenons bien. Le but n’est pas d’entretenir la souffrance. C’est tout le contraire. Rien n’oblige à laisser la douleur s’enraciner dans le terreau de notre cœur. Ce sont les racines mal cultivées, mal aérées, qui pourrissent, suscitant peurs et luttes incessantes.

« Fallait-il donc frapper si fort pour que le sang et l’eau jaillissent ? Ô blessure vraiment royale ! Ô sève de Dieu qui s’épanche ! » clame Claudel dans son Corona benignitatis anni dei

Dans la Résistance, mon grand-père agissait sous le pseudonyme SÈVE.

Cette sève de sang et de larmes coule dans mes veines, nourrit mon identité et me pousse vers l’avenir.

Pascale Mottura

 

 

[1] Fabienne Verdier, L’essence des fleurs, 2002. Encre, pigments et vernis sur toile.

[2] La part du fils de Jean-Luc Coatalem, Stock, août 2019, 262 p.

[3] Source : Lucie Hébert, « Militer contre Vichy est-il un acte de résistance ? », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, 128 | 2015, 127-141. « Le statut de déporté résistant, symboliquement plus honorifique, ouvre aussi, jusque dans les années 1970, des droits plus avantageux que celui de déporté politique. »

[4] « Peut-on écrire une généalogie du mal ? », La Grand table idées, France Culture, 19/09/2019

[5] Peter Sloterdijk sur la culpabilité allemande, Hors champs, France Culture, 27/06/2016

[6] Rappelons que si, instituée par la loi du 2 juillet 1915, la mention « Mort pour la France » signifiait alors généralement « mort au champ d’honneur », témoignage de reconnaissance de la Nation à tous ceux qui mouraient sur les champs de bataille ou faits prisonniers, ses conditions d’attribution ont été plusieurs fois élargies à partir du décret de mars 1922.

[7] Alfred Sabatier, aux initiales prémonitoires, entre autres activités résistantes chef de trentaine dans l’Armée Secrète (AS). FFI DIR (Déporté Interné Résistant), Croix de guerre 39-45 avec palme ; Médaillé de la Résistance française ; Légion d’Honneur à titre posthume. Mort en déportation à la prison de Siegburg le 30 mars 1945.

[8] « Nuit et brouillard » (en allemand Nacht und Nebel, ou NN) est le nom de code des « directives sur la poursuite pour infractions contre le Reich ou contre les forces d’occupation dans les territoires occupés ». Elles sont l’application d’un décret du 7 décembre 1941 ordonnant la déportation de tous les ennemis ou opposants du Troisième Reich, personnes représentant « un danger pour la sécurité de l’armée allemande » (saboteurs, résistants, opposants ou réfractaires à la politique ou aux méthodes du Troisième Reich) et de les faire disparaître.

[9] Pour exemple, à ce jour mon récolement dépend des services suivants (liste non exhaustive) :

SHD de Vincennes, de Caen DAVCC, et de Brest (pour ses états de service dans la Marine).

Arolsen Archives.

Archives départementales de l’Isère et du Tarn + fichier des condamnations, archives de Fernand de Brinon (pour fort Barraux et la prison de Saint-Sulpice-la-pointe = sa 1ère arrestation par la police de Vichy en 1942, condamnation à 2 ans de réclusion, évasion).

Archives départementales du Rhône (prison de Montluc, 2ème arrestation fin 1943, par la Gestapo).

Musée de la Résistance et de la Déportation à Lyon.

Archives Nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine (pour prison de Siegburg, lieu de son décès).

Par ailleurs pour obtenir des dossier sur les décorations, il faut s’adresser au SHD de Pau, et à la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur à Paris.

[10] « On peut voir d’ici jusqu’à la ville de Siegburg qui ressemble au Mont St Michel » a écrit Guillaume Apollinaire sur une carte postale représentant le bourg et la forteresse de Blankenberg le 23 octobre 1901.

1 COMMENTAIRE

  1. “La part du fils”, récit renfermant une mystification portant atteinte à la juste mémoire de la
    Résistance, a pourtant été hissé jusqu’à la liste des finalistes des prix Goncourt et Renaudot
    2019.
    Il a figuré aussi sur les listes du Goncourt et du Renaudot des lycéens, ainsi que sur la première
    liste du grand prix du roman de l’Académie Française en 2019.

    Choquée par la médiatisation de ce livre, constatant que, sans les clés idoines, les
    lecteurs tombaient aveuglément dans le panneau conçu par l’auteur, Pascale Mottura a écrit
    deux autres articles à ce sujet :

    – « La part du fils pour les nuls », publié le 27 octobre 2019 par Agoravox, écrit rapidement
    suite à l’émission La Grande Librairie du 23 octobre, en guise cette fois d’explication de
    texte :
    https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/la-part-du-fils-pour-les-nuls-218855

    – une « Lettre ouverte au Président de la République » publiée le 2 novembre 2019 par
    Agoravox :
    https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/affaire-coatalem-la-part-du-fils-218999

    Cette affaire a révélé que, 75 ans seulement après la fin de la seconde guerre mondiale,
    l’obligation morale du devoir de mémoire ne suffit pas, ne suffit plus. L’existence de ce livre est
    la porte ouverte à tout type de falsification mémorielle.

    De fait, la controverse dépasse de loin le portrait mensonger par Jean-Luc Coatalem de son
    grand-père Résistant mais porte sur la responsabilité de la littérature face au devoir de mémoire
    et de vérité de la Résistance.
    La question soulevée est l’indécence de cette « Part du Fils » et l’immoralité de son auteur,
    ainsi que la nécessité de légiférer afin de prévenir et pouvoir sanctionner ce type d’imposture
    mémorielle.

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