Falk van Gaver: “Vegan or not vegan?”

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    Véganisme

    Viandards contre mangeurs de tofu ? Être ou ne pas être végane, telle est en effet la question – même si elle ne concerne en réalité qu’une infime minorité de la population. Reste que cette minorité végane suscite souvent des débats épidermiques dans l’opinion. Falk van Gaver propose donc d’en finir avec les clichés sur le véganisme et de replacer ce choix de vie dans une problématique plus large : celle de l’animalisme et de l’écologie.


     

    La plupart du temps, lorsqu’on lit ou entend la vulgate anti-végane qui s’étale à longueur de pages, d’écrans et d’émissions dans les médias officiels ou alternatifs, on a affaire à l’habituel « sophisme de l’épouvantail » : on fabrique de toutes pièces un épouvantail – ici le végane, caricaturé à l’absurde et en dépit du bon sens en anti-écologiste et anti-animaliste, antihumaniste bien sûr, voire transhumaniste, mais aussi en idéologue irréaliste quand ce n’est tout simplement en crétin incohérent – et une fois démoli cet « homme de paille », on prétend avoir réglé son compte  à l’adversaire.

    animalisme

    L’épouvantail végane.

    Dans L’Art d’avoir toujours raison (publié en 1864), le philosophe pessimiste Arthur Schopenhauer le classe « Stratagème I », à la fois le plus simple et le plus efficace, c’est-à-dire le plus grossier (plus c’est gros, plus ça passe, comme disait l’autre) et l’appelle « stratagème de l’extension » : « Il s’agit de reprendre la thèse adverse en l’élargissant hors de ses limites naturelles, en lui donnant un sens aussi général et large que possible et l’exagérer… Car plus une thèse est générale et plus il est facile de lui porter des attaques. »

    Dans son Petit cours d’autodéfense intellectuelle (2006), le pédagogue anarchiste Normand Baillargeon explique que « si on ne peut vaincre un raisonnement donné, il peut être possible de sortir victorieux d’un débat avec une version affaiblie de ce même raisonnement. Cela sera d’autant plus facile si nous créons nous-mêmes la version affaiblie en la façonnant de manière à garantir qu’elle sera démolie ». Il range cet « argument de l’homme de paille » parmi les paralogismes, à savoir les raisonnements faux qui paraissent valides à leur auteur, quand les sophismes sont des arguments fallacieux destinés à tromper.

    Face à un paralogisme ou à sophisme, de bonne ou de mauvaise foi – mais généralement avec la bonne conscience des salauds –, on est frappé par l’ignorance crasse avec laquelle sont jugés de manière plus qu’expéditive les véganes, ignorance coupable et volontaire puisque la plupart du temps les attaques contre les véganes et les animalistes (mais aussi les écologistes « radicaux » ou « profonds » accusés à qui mieux mieux d’inhumanisme, d’écofascisme et bien sûr de nazisme – le fameux et faux « Hitler végétarien » permettant de tous les mettre dans le même sac) sont faites par des quidams n’ayant jamais lu le moindre livre animaliste, végane, etc.

    Abattoir

    De l’animalisme au véganisme.

    Notre contempteur du véganisme aura-t-il consulté les ouvrages fondateurs des anglo-saxons Peter Singer, Tom Regan ou Gary Francione ? J’en doute. Et ceux, tout aussi importants, de nos philosophes françaises Corine Pelluchon ou Florence Burgat ? J’en doute encore plus. Rendra-t-il compte de la diversité des positions, des raisons, des arguments, des évolutions ? Certainement non : une tribune polémique est faite pour tirer à boulets rouges, canon chargé ras la gueule de mitraille, de clous, de bouts de ferraille et de tout ce qu’on trouvera de méchant, de drôle, de caricatural. L’épouvantail végane est tellement plus facile, et amusant, à fabriquer et à démolir – jouissif, peut-être, sans doute, ce sentiment de contrôle et de puissance, plaisir solitaire et destructif… Souvent, d’ailleurs, ça ne va même pas aussi loin qu’un sophisme : il suffit de qualifier les véganes, dans l’ordre ou le désordre, à la fois de « puritains », de « terroristes » et de « secte » (et tant qu’à faire de « fascistes »), et le tour est joué, l’affaire est dans le sac, surtout quand il s’agit de taper sur une mouvance ultra-minoritaire.

    Plutôt que de se battre autour d’un épouvantail, peut-être faudrait-il au contraire s’intéresser aux véganes en particulier et aux animalistes en général, à ce qu’ils font, à ce qu’ils disent, dans leur diversité.

    Plutôt que de se battre autour d’un épouvantail, peut-être faudrait-il au contraire s’intéresser aux véganes en particulier et aux animalistes en général, à ce qu’ils font, à ce qu’ils disent, dans leur diversité. Pour beaucoup, c’est tout simplement la suite logique, mais surtout quasi organique, de leur écologisme foncier et de leur animalisme initial, leur mise en cohérence existentielle. La plupart ne se forcent pas à être véganes, ne se plient pas à une idéologie ou à une morale, à quelque impératif catégorique que ce soit, mais deviennent tout naturellement végane ; c’est tout simplement le déploiement, tardif parce que retardé par tout un héritage culturel « carniste », d’une dimension essentielle de leur éthique personnelle, de leur éthos vital. Ils connaissent tous les arguments anti-végétariens et anti-véganes pour les avoir souvent longtemps répétés, comme mangeurs d’animaux et de produits animaux, d’un point de vue écologiste, ou plutôt soi-disant écologiste car en grande partie fantasmatique (les modèles de la vie paléolithique ou de la paysannerie néolithique immergées dans la nature et la soi-disant naturalité du carnivorisme – écologiquement intenable pour des milliards d’êtres humains…). Il sera toujours utile de les démonter un par un, mais aucun argument rationnel ne peut rendre quelqu’un pleinement écologiste et animaliste. Seule l’expérience personnelle peut le faire, celle qu’aucun « homme de paille » ne pourra jamais vivre.

    Véganisme

    Le véganisme, un mode de vie.

    Alors, le véganisme, combien de divisions ? Si les végétariens de toute obédience et de plus ou moins stricte observance représenteraient moins de 3% des Français, les véganes, eux, animalistes et végétaliens militants, ne sont qu’une petite poignée. Pourquoi les entend-on autant ? Et pourquoi s’en inquiète-t-on autant ? Pourquoi nous émeuvent-ils tant – d’amitié ou de colère, qu’importe ? Parce qu’ils remettent en cause de manière radicale une institution centrale, fondamentale, de notre civilisation : la consommation de chair et le meurtre alimentaire. Manger, ce n’est pas rien. Et c’est même quelque chose, comme diraient les Dupondt. S’alimenter, ça n’est pas qu’un acte biologique, mais aussi un acte symbolique, social, moral, politique. Bref, éthique – à entendre en premier lieu dans son premier sens d’éthos.

    Ainsi, loin d’être une simple mode alimentaire, le véganisme est un mode de vie – et une revendication – révolutionnaire. Qui concerne seulement une minorité de personnes, certes, mais de plus en plus actives. C’est ainsi, par exemple, depuis peu, quelques années à peine, une véritable explosion éditoriale en France et en francophonie, et exponentielle, à laquelle participent notamment les éditions de L’Âge d’Homme, d’heureuse mémoire, désormais acquises à la cause animale et au véganisme dont elles sont le principal traducteur mais aussi éditeur original en langue française. C’est aussi la célébrité de l’association L214 qui s’est fait connaître par son travail d’information sur l’élevage et l’abattage, notamment par la diffusion de vidéos extrêmement choquantes réalisées clandestinement dans des abattoirs certifiés et soi-disant contrôlés – dont certains officiellement « bio ». C’est la loi de février 2015, depuis laquelle les animaux ne sont plus considérés juridiquement comme des meubles, mais comme des « êtres vivants doués de sensibilité ». C’est encore la sortie cette année du Code de l’animal, un manuel de plus de 1000 pages rassemblant les articles de loi et jurisprudence en rapport avec les animaux, outil majeur pour mieux défendre les animaux sur le plan judiciaire. Bref, la question animale revient sur les devants de scène.

    Corine Pelluchon

    Le vegan bashing.

    D’où l’enthousiasme des uns, très minoritaires, il faut le dire, et l’amusement ou l’agacement des autres, massivement majoritaires. Le vegan bashing est à la mode – c’est facile, et ça ne mange pas de pain… (de viande). Notamment parmi toute une droite qui, se voulant anticonformiste, fait passer les mangeurs de viande pour une minorité opprimée « politiquement incorrecte » et les végétariens, « bobos parisiens » (forcément), « puritains hygiénistes » et « ayatollahs du radis », pour leurs persécuteurs – ces soi-disant non-conformistes se faisant propagandistes bénévoles, idiots utiles et compagnons de route du big business que la boucherie industrielle génère sur le dos des animaux et des consommateurs.

    L’animalisme n’est-il qu’une forme de moralisme, de purisme et d’apolitisme ? L’actualité a pourtant vu la création d’un Parti animaliste, ainsi que du Rassemblement des écologistes pour le vivant, à l’initiative de cette médiatique tête-à-claques d’Aymeric Caron, que son engagement antispéciste rend sympathique à certains mais encore plus insupportable à beaucoup d’autres – mouvements dont on attend peut-être un rôle de conscientisation, mais sans doute pas de résultats électoraux significatifs.

    Viande

    Les divisions entre écologistes.

    Pro et anti-steak s’affrontent donc par médias interposés, et même les écologistes et autres décroissants se déchirent sur la question – s’accusant mutuellement, et à qui mieux mieux, de collusion avec le « système », entendre : le capitalisme responsable de l’exploitation industrielle du vivant en général et des animaux en particulier. Ainsi Paul Ariès et Jocelyne Porcher accusent-ils carrément les véganes d’être les apôtres du capitalisme 4.0 et du… transhumanisme (sic)[1] ! Ce qui semble ici contre-productif si ce n’est carrément stupide, c’est de s’en prendre de manière aussi caricaturale et agressive aux véganes au lieu d’unir les forces de tous les défenseurs du bien-être animal et de tous les contempteurs de l’élevage industriel, comme le proposent intelligemment L214 et certains éleveurs[2].

    En attendant, l’industrie de la viande se frotte les mains de ce genre de tribunes (ce qui me fait chambre froide dans le dos) – même pas besoin de diviser pour régner, ça se divise tout seul, bénévolement… Pour le moment, pourtant, c’est bien l’association végane L214 qui fait le meilleur boulot de dénonciation des conditions d’élevage et d’abattage, pas les partisans de l’élevage traditionnel, qui sert le plus souvent de cache-sexe esthético-sentimental et publicitaire et de justification sociale indirecte à l’élevage industriel.

    Pro et anti-steak s’affrontent donc par médias interposés, et même les écologistes et autres décroissants se déchirent sur la question – s’accusant mutuellement, et à qui mieux mieux, de collusion avec le « système ».

    Car si on n’a jamais autant parlé d’intelligence animale, de sensibilité animale, si l’éthologie comme l’écologie sont largement vulgarisées depuis des décennies, etc., comment expliquer que pourtant tout empire pour les animaux ? Tel est le paradoxe de notre époque. Alors, la bonne question à se poser ici, comme souvent, est : à qui profite le crime ? L’animalisme est-il compatible avec le libéralisme et l’individualisme possessif ? Les animalistes insistent au contraire sur la responsabilité du capitalisme dans le sort meurtrier toujours plus massivement infligé chaque année à des milliards d’animaux d’élevage. Pour eux, animalisme implique anticapitalisme. Faut-il alors prôner et pratiquer une convergence des luttes anticapitalistes – animalistes ou non ? Zadistes, zapatistes, véganes, même(s) combat(s) ? Et quelle société post-capitaliste penser ? La révolution industrielle et la mondialisation accélérée de l’économie de marché depuis la fin du XVIIIe siècle, et la révolution agricole de l’après Seconde Guerre mondiale, ont vu l’apparition et le développement inouï de l’élevage industriel. Ne suffirait-il pas de revenir à des modes d’élevage plus modestes, plus respectueux ? Sortir de l’industrialisme, du productivisme ? Opter pour la sobriété, la décroissance ? Ou faut-il carrément abolir toute exploitation animale ? Telle est l’alternative.

    Véganisme : Dessert

    Vers une zoopolitique.

    Certains, comme Jocelyne Porcher et Paul Ariès, accusent donc avec virulence les véganes de vouloir la disparition non seulement des éleveurs mais des animaux d’élevage. Ainsi, les « abolitionnistes » souhaitent l’abolition de toute domination humaine sur les animaux et donc la disparition des animaux domestiques, de compagnie, etc., car à la différence des esclaves humains qui sont des humains esclavagisés, l’existence de ces esclaves animaux est liée à leur esclavage même. Mais n’y aurait-il pas injustice à leur égard, de les faire disparaître après les avoir quasi créés ? Et perte de biodiversité, de familiarité également ? Cependant, est-on condamné à les exploiter, les tuer, les manger ? Ne peut-on alors coexister en paix avec eux ? Ne peut-on envisager de vivre en société avec les animaux ? Comment penser une coexistence de tous les vivants, une zoopolitique ? De plus, peut-on penser une révolution agricole écologique soutenable sans animaux (trait, fumure, etc.) ? Peut-on se passer totalement d’animaux de labour, de travail animal ? Peut-on faire travailler les animaux, sans ipso facto les contraindre et les exploiter ? Ces questions restent ouvertes, et divisent jusqu’aux animalistes mêmes.

    Les lignes bougent, certes de manière infinitésimale, mais ce sont, en profondeur, d’encore incommensurables mouvements de la tectonique des plaques civilisationnelles et mentales qui sont en cours.

    Lesquels, aussi radicaux soient-ils, sont aussi pragmatiques, et préconisent des changements concrets et progressifs. Dont les plus modérés cependant (abolition de la captivité d’animaux sauvages dans les cirques, zoos et autres delphinariums, de la corrida et autres combats d’animaux, de la chasse à courre puis de la chasse tout court, du foie gras et de la fourrure…) provoquent déjà de telles levées de boucliers qu’on voit mal comment arriver à l’abolition même progressive de l’élevage et de toute exploitation animale qui semble un idéal moral certes vertueux, mais inaccessible – un peu comme celui d’un monde sans violence, sans guerre. Ils répondent que par le passé d’autres institutions qui paraissaient inébranlables et indispensables, comme l’esclavage humain, se sont écroulées – non sans résistances et remous.

    Comme l’écrivait Nietzsche – lui-même si attentif à la portée éthique de toute diététique : « Ce sont les paroles les plus silencieuses qui apportent la tempête. Ce sont les pensées qui viennent comme portées sur des pattes de colombes qui dirigent le monde. »[3] Les lignes bougent, certes de manière infinitésimale, mais ce sont, en profondeur, d’encore incommensurables mouvements de la tectonique des plaques civilisationnelles et mentales qui sont en cours. Les séismes ne font que commencer – accrochez-vous, ça va secouer !

    Falk van Gaver

     

     

    [1] Paul Ariès, Frédéric Denhez, Jocelyne Porcher, « Pourquoi les végans ont tout faux », Libération, 18 mars 2018

    [2] Gaspard d’Allens, « Véganes et paysans (presque) unis contre l’élevage industriel », Reporterre, 14 septembre 2019 ; Pierre-Étienne Rault, « Paysans et défenseurs des animaux doivent s’unir contre l’industrialisation du vivant », Reporterre, 12 novembre 2019

    [3] Ainsi parlait Zarathoustra, II, « L’heure la plus silencieuse »

    11 Commentaires

    1. Comme toujours, au sein de l’équipe de L’Inactuelle, nous ne sommes pas tous du même avis. Falk van Gaver nous propose ici une défense argumentée du véganisme, même s’il montre que ce choix de vie ouvre en fait beaucoup plus de questions qu’il n’en résout et nécessite d’être prolongé par une réflexion plus large autour de l’écologie. D’autres membres de l’équipe de rédaction sont végétariens sans être véganes et, quant à moi, je combats l’industrie agro-alimentaire tout en restant attaché à une consommation raisonnable de viande. Mais il est temps d’avoir des débats sérieux, nuancés et réfléchis autour de ces questions, qui, comme toutes les autres, ont tendance à être traitées sur un mode purement polémique dans les grands médias.

    2. Petite anthologie des commentaires publiés autour du texte sur la page Facebook de L’Inactuelle :

      Denis Collin: La consommation de viande n’est pas une institution de notre civilisation. Elle est à la base du développement même de l’humanité – en devenant partiellement carnivore, notre ancêtre a trouvé les protéines nécessaires à son très gourmand cerveau.

      Thibault Isabel: Certes, c’est sans doute en grande partie vrai historiquement, mais les véganes objecteront que ce qui fut jadis un outil de développement plus ou moins nécessaire – la viande – pourrait être remplacé aujourd’hui par des apports protéiniques non animaux, puisque nos sociétés d’abondance offrent des options différentes (et pas seulement industrielles) pour l’alimentation. J’ai tendance à penser que le véritable noeud axiologique du problème – en tout cas en ce qui me concerne – réside dans le rapport à la violence. Je trouve en effet normal de tuer pour manger (même si ça n’empêche pas de prendre en compte la question des équilibres environnementaux et même celle du bien-être animal). Et je pousserai la provocation jusqu’à dire que le cannibalisme ne me choque pas dans son principe, bien qu’il n’ait de sens que dans des sociétés tribales où les clans n’ont que des contacts restreints les uns avec les autres – sans quoi c’est la porte ouverte à la guerre permanente. Malheureusement, nous vivons dans des sociétés hyperindustrielles où toute trace de violence paraît insupportable. Or, même si la violence peut être capricieuse et injuste, je crois qu’un citoyen courageux ne doit pas être timoré. Accepter l’idée de sacrifice – par exemple le sacrifice d’un animal destiné à être mangé – est une forme vertueuse d’apprentissage de la mort, et de la cruauté de la vie. C’est pour cette raison que je ne suis pas végane. Reste tout de même que les contemporains, dans leur rapport à la viande, n’ont plus aucune perception de cette idée de “sacrifice”: ils consomment, c’est tout. Il y a là, entre les véganes et eux, deux extrêmes opposés que je désapprouve.

      Denis Collin: Thibault Isabel, je vis a la campagne a côté d’une ferme bio et sous ma fenêtre je vois les vaches qui paissent contemplatives. Je bois du lait, mange du fromage et de la viande sans penser une minute que mes voisins sont des producteurs de viande. Ce sont des éleveurs de bovins. Et le mot dit tout. Le veganisme ne comprend rien a ce rapport entre hommes et bêtes qui a plusieurs dizaines de milliers d’années. Ce qui anime le veganisme, c’est la haine de la nature et la dénaturation de l’homme. Ils sont proches des transhumanistes et parfois ce sont les mêmes…

      Thibault Isabel: Je suis tout à fait d’accord avec vous sur le fond de l’analyse, Denis Collin. Et je connais moi aussi des véganes qui correspondent tout à fait au portrait que vous brossez, animés par cette dénaturation de la nature et de l’homme: il est clair qu’une idéologie, quelle qu’elle soit, est majoritairement incarnée par des imbéciles, et je connais à vrai dire beaucoup d’imbéciles aussi dans mon propre camp. Je pense en revanche que les arguments des philosophes véganes (Falk van Gaver, Corine Pelluchon) sont plus difficiles à balayer d’un revers de main que ceux de leur vulgate. Ils posent la question de l’empathie et du rapport à l’animal, pointent du doigt l’aveuglement volontaire des contemporains, enfermés dans leurs contradictions: les gens d’aujourd’hui pleurent à la moindre occasion devant l’image d’un dauphin en détresse et emmènent dans la foulée leurs enfants au cirque, où les animaux sont maltraités. J’ai certes tendance à penser que le véganisme ordinaire relève du même genre de sentimentalisme larmoyant, couplé à une industrialisation avancée des modes alimentaires (il est facile d’être végane quand on ne mange que des hamburgers en plastique dans des fastfoods veggies de centre-ville), mais je veux souligner que cela ne disqualifie pas à mes yeux la pensée des philosophes véganes sus-évoqués, pour lesquels je confesse de la sympathie, et qui ont le mérite de soulever des débats éthiques profonds. Je déplore la peur phobique de la violence qui se développe dans le monde contemporain, précisément parce qu’elle est phobique, mais il est parfaitement légitime de poser la question de l’encadrement moral de la violence et celle de l’empathie envers les autres – qu’ils soient humains ou animaux. Je rêve d’une humanité courageuse et empathique, en espérant que ce ne soit pas un voeu pieux.

      Simon RyomAs: Le parfait sujet pour s’étriper à table le soir du réveillon ! La plupart des Vegans que j’ai rencontrés sont effectivement des radicaux qui ne sont pas conscients du fait que leurs choix sont indissociables d’une accélération de la mondialisation dans sa forme actuelle. Le véganisme est actuellement à la mode et consiste pour beaucoup à s’augmenter d’une parure idéologique pour avoir l’air plus intelligent que le voisin et se distinguer de lui. Sauf qu’à vouloir se distinguer, ils finissent par constituer un groupe dont les valeurs hédonistes sont un repoussoir – à juste titre – pour les masses qu’ils ont la prétention d’éduquer, bref leur démarche est contre-productive sauf si l’on compte sur le fait que l’intimidation puisse porter des fruits sur le long terme, ce dont je doute. Tant que les gens qui adoptent ce type d’idées le feront pour s’augmenter et non pas dans une démarche de frugalité, ça ne fonctionnera pas. Les personnes ayant fait vœu de frugalité et tâchant de s’y tenir sont ultra-minoritaires. Le végétarisme est un choix éthique qui découle de beaucoup des grandes sagesses : le zoroastrisme, le pythagorisme, le bouddhisme, ainsi que le christianisme qui a dénoncé le sacrifice animal dans la lignée de Zoroastre. L’humanité n’a guère avancé depuis, malheureusement. Pour rebondir sur le propos de Thibault Isabel, le sacrifice animal, tout cruel qu’il soit, me semble aujourd’hui plus éthique que la production de viande à l’échelle industrielle, il constitue une sorte de voie du milieu entre le véganisme radical faisant table rase de notre rapport multi-millénaire à l’animal de ferme d’une part, et d’autre part de la production industrielle de masse type “ferme des mille caches”. Pour saigner le cochon il faut du cran et peut-être un brin de cruauté. Quant à s’alimenter sans protéines animales, cela revient, comme dit plus haut, à compenser avec un apport de protéines végétales qui fait souvent le jeu du commerce mondial, des exportations/importations des pays pauvres substituant leur agriculture de subsistance pour fournir les pays riches.
      A titre purement personnel, je pourrais me passer de viande rouge mais pas des oeufs, ni des laitages, et difficilement de la volaille et du poisson. La consommation de poisson pose de plus en plus de problème environnementaux en raison de la surexploitation des mers. S’il existait des protéines animales de synthèse je pourrais peut-être m’en contenter car sans apport de protéines animales je pense que je développerais de grosses carences. Mais les protéines de synthèses induisent, encore une fois, un modèle de production destructeur de l’environnement jusqu’à preuve du contraire…

      Falk van Gaver: Et comment t’y prends-tu pour combattre l’industrie agro-alimentaire, Thibault ? Les seuls qui la combattent vraiment sont précisément des associations animalistes… véganes !

      Thibault Isabel: Les véganes sont les plus actifs, sans doute, mais ce ne sont pas les seuls à combattre l’industrie agro-alimentaire. Et, quand bien même ce serait vrai, d’autres forces pourraient se lever. Mais, si l’on veut situer le débat sur un terrain pragmatique, et non sur un terrain moral, je pense justement que le véganisme propose un mode de vie encore trop éloigné des usages pour qu’il soit le mieux placé dans cette guerre contre l’industrie agro-alimentaire. Dans un premier temps, c’est par d’autres voies que l’opinion publique sera renversée.

      Falk van Gaver: Lesquelles ? Pragmatiquement, comme tu dis, ce sont les associations militantes animalistes et véganes qui font le boulot auprès de l’opinion publique actuellement.

      Thibault Isabel: Dans un registre très opposé au véganisme, Natacha Polony (et sa mouvance, disons) critiquent l’industrie agro-alimentaire sur la base de la “bonne viande des terroirs”. Je suis convaincu que ce discours a plus de chance (pour l’instant) de renverser l’opinion publique. Mais ce n’est pas un blanc-seing idéologique de ma part. Je me contente d’analyser.

      Falk van Gaver: Ah oui, un discours, mais je parle d’actions concrètes. Qu’est-ce que la “mouvance” Polony-Légasse à côté de L214, Sea Shepherd, etc. ? L214 mène une action complète et pas seulement concrète. C’est une association remarquable de cohérence et d’efficacité tous azimuts.

      Olivier Pinçon: Je suis d’accord avec vous, Thibault Isabel. J’ai été producteur de lait et de viande toute ma vie, pourtant j’ai ralenti sérieusement ma consommation. Bientôt de la viande américaine, faite avec des produits interdits chez nous, va venir concurrencer nos produits de terroir.

    3. Merci pour ces échanges passionnants.
      Je crois qu’une grande majorité de la population est aujourd’hui hostile à ce qu’est devenue l’industrie agro-alimentaire.
      Mais je ne crois pas que le véganisme s’oppose, sur le fond, à ce système qu’il prétend contester sur la forme (on en revient toujours à Michéa). Je crois que si un jour les principes végans étaient respectés (abolition de la consommation de viande et du meurtre alimentaire), l’industrie agro-alimentaire ne s’en porterait pas plus mal car elle s’y adapterait sans la moindre difficulté. Elle y verrait au contraire de grandes opportunités de développement, et nous mangerions au bout du compte les mêmes cochonneries que ce que nous mangeons aujourd’hui.
      Je crois par contre qu’un élevage à taille humaine, qui reviendrait à un rapport plus naturel entre l’homme et l’animal, qui inclurait, comme le dit Thibault, la notion de sacrifice (j’ai entendu étant enfant des fermiers dire deux mots de prière avant de tuer un animal), est parfaitement incompatible avec l’industrie agro-alimentaire, et plus largement avec tout le système économique actuel, pour une raison simple: c’est que c’est incompatible avec l’idée d’un accroissement infini de la productivité.
      Je pense en outre que l’élevage traditionnel est le modèle qui tisse les rapports les plus forts, les plus authentiques, entre l’homme et l’animal. La nature, c’est aussi la violence et la mort, et c’est parce que c’est aussi la violence et la mort, que cela engage des choses aussi essentielles, que l’animal et l’homme dépendant directement d’elle, et finalement dépendant l’un de l’autre, se respectent.

      Je crois donc le véganisme contre-productif pour ce qui concerne un changement de système, dans le sens où, non seulement, le système s’y adapterait, mais aussi parce qu’une grande majorité de gens aujourd’hui hostiles au modèle agro-alimentaire, ne sont pas d’avantages tentés par le véganisme! Par conséquent, s’imaginant qu’un changement ne peut s’opérer que par une voix extrême, ils préfèrent encore le statu-quo. Et face à ces mouvements, les industriels ou homme politiques ont beau jeu de se faire les porte-voix de la modération ou de la raison, pour défendre un système qui est tout sauf modéré et raisonnable.
      J’ai l’impression que toutes ces tentatives de changement radical donnent en réalité des balles à nos adversaires et fragmentent une opposition qui devrait être unie au contraire.

      Le discours de Polony est lui partagé par une immense majorité de la population, et c’est à mon avis plutôt dans cette direction qu’il faudrait tenter de trouver des débouchés politiques (je rejoins encore Thibault sur ce point).

      Enfin, j’ai trop souvent défendu des positions minoritaires pour ne pas me sentir un peu gêné quand ce n’est pas le cas, et pour ne pas mesurer la dose d’abnégation, de courage, de force de caractère, que nécessite la défense du véganisme aujourd’hui. Et quel que soit ce que j’en pense, je respecte, et dans une certaine mesure, j’admire ça.

    4. Je ne crois pas que le véganisme soit contre-productif, bien au contraire : il suffit de voir concrètement le travail complet – juridique, pédagogique, médiatique, politique…- que fait l’association animaliste et végane L214 pour voir qu’ils sont à la pointe de la prise de conscience de ce qu’est concrètement l’élevage industriel et du changement de mentalité – L214 prônant d’ailleurs l’alliance anti-industrielle avec les “petits” paysans et éleveurs : https://reporterre.net/Veganes-et-paysans-presque-unis-contre-l-elevage-industriel

      Et certains paysans et éleveurs pour le moins végano-sceptiques prônant avec intelligence l’alliance anti-industrielle avec les animistes et véganes : https://reporterre.net/Paysans-et-defenseurs-des-animaux-doivent-s-unir-contre-l-industrialisation-du-vivant

      C’était d’ailleurs tout le sens de cet article dans L’inactuelle, mais visiblement très peu de commentateurs ont eu l’intelligence de le comprendre, tombant dans l’ornière anti-vegan et les absurdités usuelles d’accusations d’anti-écologisme, anti-humanisme, etc., aussi risibles que ridicules !

    5. Contrairement aux esprits chagrins et réactionnaires systématiques et autres diviseurs en salon virtuel qui opposent les fantasmatiques Véganes Urbains Transhumains aux tout aussi fantastiques Ecologistes Campagnards Humanistes (et chasseurs) – montrant ainsi leur ignorance crasse de l’écologie réelle, de ce qu’est le mouvement écologiste contemporain même dans sa pluralité – la synthèse anticapitaliste, écologiste et animaliste (ah, le correcteur ou fauteur automatique et aléatoire n’a pas remplacé par animiste cette fois) existe réellement et tendanciellement dans l’écologie contemporaine. Pierre Madelin en offre une bonne synthèse dans ses écrits, ainsi que Frederic Dufoing – même si ce dernier, végétarien, est farouchement anti-anti-spéciste…

    6. Mircea Sogyô Hirlea : Etre vegan, c’est tout simplement avoir le souci de ne pas nuire à autrui (a-himsa), il n’est pas question de bouffe, mais d’être au monde humainement.

      Thibault Isabel : Autant je trouve important de sortir le véganisme de son image d’épouvantail, autant je pense que les véganes de bon sens devraient eux-mêmes se dissocier plus clairement du véganisme un peu ridicule (et sectaire) de centre-ville, car c’est précisément ce véganisme-là qui décrédibilise l’ensemble de la mouvance et l’empêche de se faire valoir dignement. Les « fastfood veggies », ça existe. Et ce sont ces jeunes en train de manger un hamburger en plastique qui vous expliquent à quel point les mangeurs de viande sont réactionnaires, obscurantistes, malfaisants et réfractaires à l’écologie. Ces véganes-là ne sont pas un mythe : tous ceux qui vivent dans les grands centres urbains en connaissent ou ont eu l’occasion d’en croiser. Beaucoup de lecteurs de l’article de Falk van Gaver ont fait l’effort de s’intéresser à ce texte, alors qu’ils avaient initialement des a priori négatifs contre le véganisme ; je trouve cela encourageant. Mais, pour rassembler des camps élargis, créer une alliance écologique plurielle, il faut que chaque camp sorte de sa niche et vienne jouer dans la cour. De ce point de vue, j’estime que l’attitude ouverte de Corine Pelluchon est un exemple à suivre.

      Falk van Gaver : Les véganes ne sont pas assez nombreux pour se permettre de faire le tri entre eux – ils se divisent déjà beaucoup sur des tas de choses, comme tout le monde… Qu’il y ait des veggie fast-foods n’est pas un problème : dans le monde concret dans lequel nous vivons, c’est déjà un moindre mal à côté d’un fast-food de viande industrielle – hamburger, kebab ou chawarma, peu importe. Mais oui, les lignes bougent, beaucoup se laissent déranger, questionner, et même les réactions antivéganes épidermiques et caricaturales et toutes les précautions de publication quand on publie un article pro-végane (dont nulle part l’auteur ne dit qu’il est végane…) sur un site généraliste et pluraliste – précautions qu’on ne prend guère pour d’autres sujets – montrent que c’est un sujet chaud et une question cruciale.

      Thibault Isabel : Je prends systématiquement des précautions dans la présentation des textes lorsque le sujet me paraît clivant. Je n’en prends pas quand nous publions un article dont je sais qu’il suscitera l’adhésion de l’immense majorité des lecteurs du site. Mon opinion personnelle n’entre pas en compte là-dedans, je tiens à la préciser, car il y a des opinions très majoritaires sur le site que je ne partage pas (mes positions sur la question du transhumanisme sont par exemple nettement plus nuancées que celle de tous nos autres collaborateurs ou de la plupart de nos lecteurs ; j’ai également des positions très libertaires en matière de sexualité ; etc.). Il me semble néanmoins important de prendre des précautions d’usage lorsque j’introduis certains articles, à la fois par respect pour la diversité idéologique de nos lecteurs, et par souci d’efficacité stratégique : le texte de Falk van Gaver n’aurait sans doute pas été lu par un si grand nombre de lecteurs non véganes si ma présentation avait été moins distanciée, j’en suis convaincu.

      Frédéric Dufoing : Les divisions idéologiques, et éthiques, entre les pratiquants du végétarisme sont nombreuses, mais absolument pas anodines. Que l’on tombe d’accord sur ce que l’on mange n’implique pas qu’on le soit sur les raisons pour lesquelles on mange ainsi, ni sur les implications sociales et politiques que cela comporte. Ainsi, l’antispécisme, éthique dominante chez les végétariens, a des implications transhumanistes et antiécologistes très claires, et d’ailleurs assumées (allez voir les cahiers antispécistes, une référence en la matière, et la critique qu’ils font de l’écologisme, vous m’en direz des nouvelles !). Toi qui tiens aux loups, Falk, sache que certains défendent la fin du carnivorisme des loups (c’est-à-dire des modifications génétiques qui empêchent les carnivores d’être carnivores) – et c’est juste un exemple anecdotique, il y a le reste : l’utilisation assumée d’hommes pour des expériences scientifiques, la défense acharnée du système industriel, de l’utilitarisme et même d’une forme modérée du fameux (néo)libéralisme. Quant à la junk food végétarienne, Thibault, ce n’est peut-être pas la panacée (une belle niche marketing pour les flexitariens, comme on dit), mais c’est une solution de continuité pour les végétariens qui vivent dans cette saloperie de société industrielle, comme moi, et qui font 260 km aller-retour pour aller travailler et n’ont pas le temps de se faire à bouffer, d’autant qu’il n’y a aucun restaurant généraliste digne de ce nom qui offre une vraie bouffe végétarienne… C’est vrai que nous sommes trop peu nombreux pour nous diviser, mais le fait qu’un type mange la même chose que moi n’implique pas que je doive être d’accord avec toutes ses convictions et avec les raisons qui les justifient ; par ailleurs, toute solution autoritaire (des lois pour interdire la viande, par exemple, comme en proposent les antispécistes) est absolument à rejeter pour un écologiste.

      Thibault Isabel : Je suis d’accord avec Frédéric sur le fait que les divisions éthiques et philosophiques sont nombreuses au sein de la grande famille écologiste (même parmi les végétariens ou les véganes, d’ailleurs). Il y a des points de convergence et des points de divergence. Par exemple, il est compréhensible qu’un végétarien ou qu’un végane envisage la « junk food veggie » comme un moindre mal en comparaison de l’abattage des bêtes, mais il est naturel qu’un écologiste non végétarien ou non végane trouve ça très problématique. Met-on l’accent sur la défense de la vie animale ou sur la critique de l’industrie ? Où est la priorité ? Il est bon de débattre, pour rehausser l’intelligence et la compréhension des enjeux sociétaux, mais des lignes de fracture demeurent, c’est inévitable.

    7. Il y a aussi des écologistes profonds / radicaux animalistes et même non spécistes ou antispécistes comme Pierre Madelin ou moi, de tendance végétarienne / végétalienne / végane, qui sont également décroissants, technocritiques, antitranshumanistes, anticapitalistes, etc. Ce sont généralement ceux qui proposent le modèle de société écologique le plus juste, le plus éthique, le plus intégré, le plus cohérent et le plus réaliste pour la cohabitation d’une humanité de bientôt dix milliards d’individus avec les autres êtres vivants.

      Met-on l’accent sur la défense de la vie animale ou la critique de l’industrie? Les deux ! La défense de la vie implique la critique de l’industrie ! Bien sûr, c’est l’idée d’une alliance qui est défendue ici. Stop au vegan bashing, unité contre l’industrie !

      Frederic Dufoing, ton tableau concerne certains antispécistes. L’animalisme cohérent est intégré à l’écologisme. C’est le sens de cet article.

      Fast-food veggie ne veut pas forcément dire junk food veggie… On tombe dans la caricature basée sur un fait minoritaire. Un fast food peut être tout à fait sain, bio, équilibré et cruelty free. Les enseignes veggies vont généralement dans ce sens ! Et le fast food est une réalité incontournable de notre organisation sociale – et de bien d’autres sociétés bine plus traditionnelles que la nôtre ! Voyagez un peu en Inde, en Asie, en Amérique latine, Messieurs, vous aurez du fast-food à chaque coin de urne sur chaque trottoir !

    8. La réalité est hélas que la plupart du temps l’appel à l’élevage traditionnel façon Denis Collin Dominique Lestel et autres Périco Lagasse est le cache-sexe de la consommation de viande industrielle. Les partisans du petit élevage traditionnel “éthique” “respectueux” de l’animal et autre “viande heureuse” (sic), font-ils vraiment attention à ce qu’ils mangent ? La plupart du temps, non ! Un vague parfum de tradition et de plein air comme le marketing sait si bien faire leur suffit. Se contentent-ils vraiment systématiquement de viande issues uniquement de véritable petit élevage traditionnel ? Généralement, non ! La vérité est aussi que si les Français par exemple devaient renoncer aux produits animaux issus de l’élevage industriel (3 millions d’animaux abattus chaque jour rien qu’en France quand même)avec une abolition de ce dernier, ils devraient réduire d’au moins 80% leur consommation de viande et de produits animaux (laitages, oeufs, etc.), c’est-à-dire un quasi végétarisme. Ce qui serait déjà un immense pas en avant écologique et animalier, et ce qui est l’objectif premier qui doit nous unir.

      Avant le végétarisme tendance végétalienne, nous sommes passés par le “flexitarisme éco-responsable” – ne consommer que des produits animaux issus de petit élevage local ou de petite pêche locale. Mais en dehors des raisons éthiques, en réalité il est socialement plus simple d’être végétarien/végétalien : qui aurait le cran ou la ténacité de demander systématiquement d’où viennent la viande, les laitages, les oeufs, contenus dans tous les plats servis par des hôtes ou un restaurant et de refuser systématiquement d’en manger si leur traçabilité écologique et “éthique” n’est pas assurée ? Au moins, et je n’envisage ici que le point de vue pratique et non éthique, quand tu deviens végétarien/végétalien, c’est plus simple et plus clair, pour soi-même comme pour son environnement social.

      De plus, la viande traditionnelle, écologique, “éthique”, etc., est rare et chère et le sera toujours. Entendre les Périco Lagasse, Dominique Lestel et autres CSP+++ vanter la viande de haute qualité et les bouchers le plus chers de la place de Paris a quelque chose d’indécent. Le végétarisme / végétalisme, lui, est à la portée de toutes les bourses. Quand tu enlèves le budget “produits animaux” de tes courses, ça fait beaucoup d’argent en moins, et ça libère le budget pour des produits végétaux de qualité, bio, locaux, etc. Concrètement, le passage au végétarisme/végétalisme est bénéfique à tout point de vue – éthique, animalier, écologique, économique. C’est une façon très simple d’agir et d’influencer économiquement, écologiquement et éthiquement. Même si ce n’est pas suffisant, c’est déjà ça. Interdire l’élevage et la pêche industriels, ce serait faire passer la population au quasi végétarisme, ça aurait un impact écologique et sanitaire (les Français mangent trop de viande, de laitage, de charcuterie) positif immédiat.

    9. Très intéressant tous ces commentaires! J’ai envie de dire que dans mon idéal (la dictature écologique(lol)) celui qui veux manger un poulet devra aller à la ferme du comité central de distribution de poulet (lol) attraper son poulet le décapiter, le plumer, le vider pour avoir le droit de le manger… En tout cas c’est vers quoi je me dirige actuellement. Être présent lors du meurtre m’a pronfondément touché et sensibilisé. J’ai pas la solution mais c’est peux-être une piste pour un autre commentateur fou du coin?! J’aime bien aussi imaginer une sorte de service civique d’aide aux paysan ou une sorte d’engagement pour la base, l’alimentation. Qui obligerait tout un chacun à consacrer un peu de son temps a cette activité humaine essentielle devenue un peu abstraites pour beaucoup.
      Salutations camarades!

    10. Merci ! A venir, dans une revue d’écologie, un témoignage sur notre passage au végétarisme qui se fonde justement sur des cas concrets de mise à mort d’animaux.

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