Entretien: Aurélien Fouillet “Le désœuvrement d’un monde uniformisé”

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    Détours vers le futur Des muses et des zombies

    L’uniformisation du monde conduit-elle au désœuvrement des foules anonymes et solitaires ? C’est une des questions posées par Aurélien Fouillet dans son dernier livre, Détours vers le futur (Liber), où il analyse les grandes figures de la culture populaire afin d’en tirer une grille de lecture pour les évolutions sociologiques en cours.


     

    Thibault Isabel : Votre livre montre comment la culture populaire peut servir de marqueur des grandes métamorphoses à l’œuvre dans la société. L’un des thèmes majeurs que vous abordez est celui de l’« enromancement de la vie », qui n’est pas sans rapport avec la problématique du « fake ». A notre époque, en effet, il devient difficile de discerner le vrai du faux. Entre les « fake news » et les véritables « news », ce n’est souvent qu’une affaire de point de vue, et il est en tout cas difficile de faire la différence dans le maëlstrom du Net. De façon beaucoup plus large, le principe de vérité perd de sa consistance à l’ère du numérique. Pourquoi cette défiance permanente à l’égard du Vrai a-t-elle fini par s’imposer de manière aussi massive, et comment se manifeste-t-elle concrètement dans la manière que nous avons de vivre nos existences ?

    Aurélien Fouillet : Il n’est peut-être pas anodin que la première image d’un trou noir vienne d’être révélée au grand public. Au-delà de la découverte scientifique, elle vient témoigner qu’il est possible de voir un objet qui a pour définition d’être un piège dont la lumière ne peut s’échapper. Singularité de l’espace et du temps, zone d’accélération extrême pour ce qui s’y aventure, le trou noir est une image qui nous parle aussi de notre monde. De manière analogue, notre époque se contracte en une forme de singularité avec pour conséquence une inaccessibilité de la pensée au-delà de l’horizon de l’instant. Peut-être sommes-nous dans une société « trou noir » dans laquelle l’horizon des événements et de l’actualité nous cache toute perspective, toute « vérité » ? Dans laquelle le mirage gravitationnel des nouveaux médias nous empêche de voir ce qui se trouve derrière, ce qui « œuvre ».

    Aurélien Fouillet

    J’entends souvent que notre monde a connu plus de transformations au cours des trente dernières années que dans les trois siècles précédents, qu’il y a une révolution de l’Internet, et, pourtant, il me semble qu’il n’y a rien de vraiment nouveau sous le soleil. N’oublions pas qu’une technologie ne fait jamais de révolution toute seule : elle doit, pour cela, rencontrer l’esprit du temps. Il est difficile de penser qu’Uber ou Amazon soient des entreprises innovantes quand elles ne font que reproduire des organisations du travail héritées du XIXe siècle. Mais, pour comprendre cela, il faut sortir d’une perspective progressiste et essayer de dessiner une généalogie des temps présents. Pour comprendre le réel, il est bon de regarder en arrière. Avoir de la mémoire, se souvenir, se ressouvenir pour saisir en quoi le présent est gros de l’avenir, plonger dans le passé pour comprendre notre présent et se projeter dans un présent visionnaire (Ballard). Percevoir dans l’instant l’intégralité des temps passés, présents et à venir, franchir l’horizon du trou noir.

    Il est difficile de penser qu’Uber ou Amazon soient des entreprises innovantes quand elles ne font que reproduire des organisations du travail héritées du XIXe siècle.

    Mon intention, dans ce petit livre, était de montrer comment la vie quotidienne et la culture populaire sont des marqueurs de la mutation en cours. S’il y a crise ou catastrophe, il faut l’envisager comme simple changement de forme (Thom) et non pas comme fin du monde. J’essaye de montrer comment les imaginaires actuels sont le résultat de sédimentations au long cours (Durand), et comment ils nous projettent en aval du temps. Retour vers le futur, Batman, Spiderman, Vie de merde, ponctuent ce parcours et s’accouplent avec Homère, Emma Bovary et les cathédrales du Moyen Âge. Vous découvrirez, je l’espère, qu’à la croisée d’Homère et de Dallas, du carnaval rabelaisien et de Nabilla, du donjuanisme et de Tinder, un monde meurt dans un grand éclat de rire et qu’un autre est en gestation.

    Mais pour répondre plus directement à votre question. Je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’une défiance à l’égard du « Vrai » – encore faudrait-il commencer par s’entendre sur ce que nous nommons ainsi – mais plutôt vis-à-vis de ceux qui devraient en être les porteurs. Non pas, d’ailleurs parce qu’ils diraient le « faux », mais plutôt parce qu’ils ne permettent plus, aux uns et aux autres, de se reconnaître dans le discours qu’ils portent.

    Spiderman

    Thibault Isabel : Le fossé qui se creuse entre les individus et les grandes visions du monde qui irriguent la culture « officielle » proviendrait donc d’une rupture entre les populations et leurs représentants ?

    Aurélien Fouillet : Comment comprendre que nos institutions et nos hommes « politiques » soient obsédés par le travail, le plein emploi, etc., tout en créant les conditions de possibilités de la disparition de celui-ci (Hannah Arendt l’évoquait déjà dans La condition de l’homme moderne) ? Il y a comme une distorsion entre les promesses de nos institutions, ce pour quoi elles ont été construites et structurées, et les appétences, valeurs et attentes des sociétés contemporaines. Pour le meilleur et pour le pire d’ailleurs. Ainsi, la « valeur » travail ne me semble plus correspondre à ce qui est en jeu aujourd’hui.

    Ce n’est donc pas tant la vérité du discours qui est remise en cause, mais plutôt sa cohérence opérative. On peut comprendre cela comme la grande victoire du « marketing » ou, pire, du « storytelling », c’est-à-dire de cette pseudo-culture mondialisée qui se manifeste sous la forme du globish, de « l’expérience » de marque ou des filtres Instagram, et qui est le symptôme d’une uniformisation terrifiante de notre monde.

    On peut comprendre cela comme la grande victoire du « marketing », c’est-à-dire de cette pseudo-culture mondialisée qui se manifeste sous la forme du globish, et qui est le symptôme d’une uniformisation terrifiante de notre monde.

    Car, derrière le « storytelling », l’expérience de marque ou Instagram, il y a le « business », c’est-à-dire, si l’on traduit dans notre langue, une stratégie d’« occupation » – il serait important, je crois, de traduire plus souvent ce qui nous vient de cette non-langue qu’est devenu le globish. De ce point de vue, celui du storytelling compris comme logique et stratégie d’occupation, les campagnes de Trump et d’Obama relèvent, l’une comme l’autre, de cette perspective. Je dirai même qu’Obama, avec sa stratégie de communication, est celui qui a réellement ouvert la voie à un personnage comme Trump, à une politique de la narration, plutôt qu’à une politique du faire – il est d’ailleurs remarquable qu’Obama ait eu un prix Nobel de la Paix avant même d’avoir fait quoi que ce soit.

    Mais, plus proche de nous, la campagne du Président de la république en est un autre symptôme. Il est amusant de voir que le chantre des Lumières que prétend être l’actuel président ait développé un tel culte de la personnalité durant sa campagne, une telle mise en histoire de son « projet ». Mais je crois que nos sociétés, inconsciemment peut-être, sentent que cela va trop loin : elles se rebiffent. Un peu à la manière des « p’tit gars » de The Boys qui se rebiffent contre les excès des super-héros qui abusent du storytelling pour cacher leur dérive violente et leurs abus de pouvoir.

    Trump Obama

    Thibault Isabel : Derrière la révolte contre la transcendance de l’Unité, on sent sourdre un appel au Multiple. Les révoltes actuelles sont-elles donc le signe d’un retour à l’horizontalité ?

    Aurélien Fouillet : S’il y a une histoire à raconter, elle ne peut être celle d’un seul homme. Les gilets jaunes en sont une expression. Les ronds-points ne sont d’ailleurs pas des lieux anodins, d’un point de vue symbolique. Ils ne sont pas sans rappeler le meson Grec, le milieu autour duquel on se réunissait pour prendre la parole, pour construire une histoire commune.

    Je dirais donc que la question n’est pas tant celle de la Vérité, mais plutôt celle de L’Ordre des choses, du Cosmos, pour reprendre le terme Grec. En effet, la défiance dont vous parlez relève plus de l’inadéquation du discours et de la façon dont nos sociétés se recomposent – ou se décomposent, tout dépend du point de vue.

    Nous pouvons faire le constat que notre époque n’a plus de discours expliquant comment et pourquoi le monde fonctionne ainsi. Ou, en tous cas, qu’il n’y a plus de discours dominant les autres et se faisant l’étalon du « vrai ».

    Ce que vous appelez le Vrai, Lyotard le définissait comme un Grand Récit, c’est-à-dire comme une histoire racontant, expliquant, montrant comment et pourquoi le monde est tel qu’il est, une mythologie écrirait Levi-Strauss. Le politique, le religieux, le mythique sont de tels récits, mais aussi la science ou la littérature. Nous pouvons nous émouvoir que soient mis sur le même plan ces différents types de discours, ou de « vérités ». Nous pouvons aussi essayer d’analyser et de comprendre ce qui est en jeu, ce qui opère dans la transformation de nos sociétés. Nous pouvons alors faire le constat que notre époque n’a plus de discours expliquant et racontant comment et pourquoi le monde fonctionne ainsi. Ou, en tous cas, qu’il n’y a plus de discours dominant les autres et se faisant l’étalon du « vrai ».

    L'empire ludique, Fouillet

    Thibault Isabel : Dans Détours vers le futur, vous développez la notion d’enromancement. De quoi s’agit-il ? Lorsque les individus « enromancent » leur vie, sombrent-ils dans l’apologie du « fake » ?

    Aurélien Fouillet : L’idée d’enromancement est assez simple. Il s’agit de mettre du roman dans sa vie. Non pas pour faire de celle-ci une réalité falsifiée, mais plutôt pour révéler, dans la mise en histoire, nos potentialités. Les réseaux sociaux, les sites de rencontres, manifestent l’éclatement de l’individu tel que nous l’avons connu depuis Descartes.

    Dans cet éclatement, l’identité se fragmente et s’actualise dans chaque contexte relationnel. Je n’affiche pas tout à fait le même potentiel identitaire selon que je m’adresse aux autres joueurs de Fortnite ou que je négocie une augmentation avec mon patron. Je ne me mets pas en scène de la même manière. Et, pourtant, cette discontinuité est le continu de mon identité. C’est dans ces petits récits que je fais partie d’un groupe, que l’histoire que nous partageons – peu importe qu’il s’agisse d’une photo postée sur Instagram ou d’un projet politique – fait communauté. Avec la fin des Grands Récits, on voit donc se multiplier les micro-récits et, avec eux, cette dynamique d’enromancement.

    L’un des objets de mon livre est d’essayer de donner des outils de compréhension de ce qui se présente comme une grande vacuité de la vitesse. Si nous prenons le temps de regarder passer les trains, de ruminer, alors, nous verrons que, dans l’histoire humaine, nous avons un certain nombre d’éléments pour lire, plus sereinement, ce qui se déroule sous nos yeux comme une sorte de folie.

    Aurélien Fouillet
    Aurélien Fouillet est un collaborateur des “Cahiers européens de l’imaginaire”

    Thibault Isabel : La remise en cause de toutes les vérités peut aboutir à une forme de déshérence psychologique, d’anomie, sinon de nihilisme, qui appelle en contrepartie un réenchantement du monde. Une ère est en train de disparaître, une autre a besoin de commencer sa course. La société actuelle, telle qu’elle est en train de se transformer, a-t-elle les moyens de faire naître un rapport renouvelé au sens ?

    Aurélien Fouillet : Il y a, nous devons bien le reconnaître, une forme de désœuvrement, de désenchantement, qui sévit dans nos sociétés. L’uniformisation des modes de vie, la rationalisation du quotidien, le déracinement, ont produit cette image baudelairienne des grandes villes : la foule solitaire. L’anomie, le nihilisme dont vous parlez est, selon moi, une forme exacerbée de l’ennui, c’est-à-dire une forme d’angoisse existentielle qui exprime notre peur face à notre finitude, face à notre isolement dans cette foule, face à l’accélération du temps. Nous sommes dépassés de toute part.

    Le personnage emblématique de cette situation est évidemment Emma Bovary. Mais, face à cet ennui, face à la fin dramatique de Bovary, on voit l’émergence de l’enromancement que j’évoquais précédemment. On recherche et on retrouve de l’aventure, de la prise de risque, de l’intensité, de l’imprévu. Cela se fait aussi bien avec la naissance de Bovary de l’extrême, tel Anders Breivik par exemple, comme avec le succès des super-héros. Rien n’est jamais simple. Dans les périodes d’anomie, il y a à la fois de la créativité et de la destruction.

    Thibault Isabel : Faut-il être pessimiste ou optimiste ?

    Aurélien Fouillet : J’ai toujours du mal à dire ce qu’il faudrait être, ce qui devrait être. Je crois d’ailleurs que ce n’est pas le rôle du chercheur. La société actuelle a-t-elle les moyens de faire naître un nouveau rapport au sens ? Je ne sais pas. Cependant, l’homme est ce qui crée du sens. Il n’y a donc pas de raison que nos sociétés s’en sortent plus mal que les précédentes à ce propos.

    Mais cela, entendons-nous bien, ne veut pas dire que le sens à venir soit un réenchantement ou, à l’inverse, une mise en forme de la déshérence au travers des divers extrémismes contemporains. Je veux dire qu’il est difficile de pencher pour l’un plutôt que pour l’autre.

    Il s’agit de cultiver conjointement la liberté intérieure et la conscience cosmique. Cela induit simplement l’idée que ce qui donne sens à une société, à un être ensemble, c’est un présent, un instantané, une intensité, pour le dire trivialement une fête.

    Il est difficile de dire si les choses vont se faire dans la continuité ou la rupture. Je ne suis pas futurologue et, comme le disait Derrida lorsqu’on l’interrogeait à ce propos : « Le futur, c’est l’impossible. » Méfions-nous de ceux qui prédisent l’avenir à la manière de Laurent Alexandre, Yuval Noah Harari – qualifié par son éditeur de plus grand penseur du XXIe siècle, laissez-moi rire – ou de Pablo Servigne, car il y a toujours une sorte de prophétie auto-réalisatrice chez les lobbyistes du futur.

    C’est pourquoi, a contrario des optimistes benêts de la startup nation, des idéalistes du bonheur et du développement personnel, dont la philosophie et l’histoire du XXe siècle nous ont appris à nous méfier, des pessimistes de l’effondrement ou de la nécessaire frugalité de la vie future, qui ne font que reproduire ce qui nous a conduit à notre perte, j’ai tendance à croire que le sens à venir, s’il est en germe dans les différents micro-récits qui pullulent sur les réseaux sociaux, les jeux-vidéos, les communautés fleurissantes, ne sera pas le produit de ceux qui pensent à demain.

    Un peu à la manière de la philosophie stoïcienne, il est bon de rappeler que, le passé n’existe plus, l’avenir pas encore. Il ne nous reste donc que le présent pour vivre. Alors vivons ici et maintenant plutôt que pour hier ou demain. Cela ne veut pas dire nier ses racines, bien au contraire, et c’est cela être radical ! Ni éviter les questions que soulèvent les conséquences de nos comportements, c’est cela être visionnaire. Comme le synthétise si bien Pierre Hadot à propos du stoïcisme, il s’agit de cultiver conjointement la liberté intérieure et la conscience cosmique. Cela induit simplement l’idée que ce qui donne sens à une société, à un être ensemble, c’est un présent, un instantané, une intensité, pour le dire trivialement une fête, c’est-à-dire une conscience aiguë de son appartenance au monde, un sentiment océanique écrivait Freud !

    Zombie walk

    Thibault Isabel : Nietzsche disait en tout cas qu’il ne faut avoir l’esprit ni pessimiste, ni optimiste, mais tragique. Comment cette conscience nuancée de l’histoire et du destin pourrait-elle réémerger au cours des prochaines décennies ?

    Aurélien Fouillet : C’est dans la fête que l’on fait l’expérience tragique de la joie. Expérience qui est peut-être la seule et véritable expérience fondatrice. Dans ce qu’elle a de convivial et de violent aussi, bien entendu. Faut-il être optimiste ou pessimiste ? Je ne saurai vraiment statuer là-dessus. Mais au-delà de l’optimisme et du pessimisme, il y a la joie. Peut-être dirai-je qu’il s’agit avant tout d’être festif. La fête, Bakhtine l’a bien montré à propos du carnaval, c’est la forme sociale dans laquelle une société fait l’expérience qu’une autre façon d’être ensemble est possible.

    C’est pourquoi je défendrai plutôt l’idée selon laquelle notre société sera capable de se transformer si, et seulement si, elle redevient capable de faire la fête. Et non pas si elle persiste à vouloir être une société du bonheur. Comme le disait Clément Rosset, le bonheur, c’est pour les désespérés. Ou, comme le disait Nietzsche, le bonheur, c’est un arrière-monde né du ressentiment. D’ailleurs, notre société ne se transformera pas non plus si elle persiste à être une société de l’effondrement. Nous savons bien où nous ont mené les discours catastrophistes par le passé.

    La société industrielle a fait de l’homme une sorte de zombie dont la référence n’est plus l’homme, comme lors de l’humanisme antique, ou celui de la Renaissance, mais bien les objets fabriqués en série.

    Peut-être faudra-t-il pour cela s’éloigner du rigorisme anglo-saxon des pays du nord pour retrouver un esprit méditerranéen où, il est bon de le rappeler, est née l’idée de l’Europe (qui est issue de la mythologie Grecque, et dans laquelle il existe un occident mythique, un extrême occident : le jardin des Hespérides, gardiennes des pommes d’or).

    Pour finir de vous répondre, le sous-titre de mon livre des muses et des zombies est une façon de questionner notre horizon. Les anciens invoquaient les muses, et nous ? Nous n’invoquons plus que nous-mêmes, pour paraphraser Pessoa. La société industrielle a fait de l’homme une sorte de zombie dont la référence n’est plus l’homme, comme lors de l’humanisme antique, ou celui de la Renaissance, mais bien les objets fabriqués en série. Günther Anders remarque assez justement, et non sans humour, que cela correspond à l’idéologie du self made man, l’homme qui se fabrique, se répare, comme un objet ou une voiture, mais qui risque aussi d’être soumis à l’obsolescence programmée.

    Le zombie n’est pas qu’une figure négative ou critique. Il manifeste aussi un autre rapport au tragique de l’existence. Les zombies walks témoignent d’une érotique sociale qui remet au centre du groupe le corps et les sens. Figure de carnaval, après avoir été figure syncrétiste, elle porte une certaine force de création qui, si elle n’évoque pas les muses antiques, réactualise un peu notre puissance poétique.

    1 COMMENTAIRE

    1. On assiste aujourd’hui à une subtilisation de la fête par les élites et à la prohibition de toute fête populaire effective. Que la fête puisse être « cruelle », comme les funérailles de Johnny Halliday, ou « joyeuse » comme le Tour de France ou la victoire de l’équipe de France de Foot, le peuple est rejeté hors de l’espace sacré et demeure irrémédiablement parqué en périphérie du centre du spectacle.
      Dans “L’autre pensée 68”, Michel Onfray définit ainsi le « spectacle » debordien : « Il y a spectacle quand on se trouve dans la salle à regarder sa vie au lieu d’être sur scène à la vivre – et tout dans notre civilisation est fait pour obtenir cette situation du spectacle, de la vie à regarder au lieu de la vie à vivre. » Nous en sommes arrivés au stade où la possibilité même du regard aliéné est dérobé au regardeur. Pour analyser ce phénomène socio-politique, on pourrait reprendre en compte le livre d’Henri Lefebvre sur la commune de Paris où il démontre que l’évènement révolutionnaire est d’abord une fête. C’est donc la possibilité même d’un élan révolutionnaire que le pouvoir veut étouffer dans sa répression des mouvement sociaux qui réinvestissent la rue, afin que la fête ne puisse ressurgir dans les âmes et les corps.

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