Entretien: David Da Silva “Quand le politiquement correct réécrit l’histoire”

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Lincoln

Comment la mode des études de genre et des cultural studies a-t-elle conduit Hollywood à réécrire l’histoire ? C’est le thème du livre de David Da Silva, qui vient de publier Cultural studies et Hollywood : le passé remanié (Editions LettMotif).


 

Thibault Isabel : Le progressisme des années 1960 et 1970, puis l’implantation des « études culturelles » dans les campus, ont conduit la société américaine à donner une importance accrue à la représentation des minorités sur les écrans. Ce phénomène répondait en quelque sorte aux excès de la vieille écriture hollywoodienne de l’histoire, souvent articulée autour d’une vision héroïque et fantasmée de l’homme blanc. On peut toutefois éprouver le sentiment que la situation s’est inversée, au point d’aboutir à une vision héroïque et fantasmée des minorités. De quand date selon vous ce phénomène d’inversion ? A partir de quels moments les cultural studies ont-elles réellement commencé à modifier la perception hollywoodienne de l’histoire ?

David Da Silva : Les cultural studies sont nées en Angleterre dans les années 1960 sous l’impulsion notamment de Richard Hoggart. Elles vont alors traverser l’Atlantique pour s’imposer progressivement dans les universités américaines.

Depuis les années 1930, en effet, les universités adoptaient une approche historique très différente, et même opposée. Sous l’impulsion de chercheurs comme Perry Miller, les universitaires tentaient de définir intellectuellement et existentiellement la civilisation américaine. Il fallait en somme rendre compte des origines du pays et indiquer clairement ce que signifie « être » américain. Plusieurs universités, dont celle prestigieuse de Yale, ont créé un département d’Histoire, Arts et Lettres où l’on tentait de démontrer qu’il existe un « esprit américain », représenté par des valeurs comme l’optimisme, l’idéalisme, le pragmatisme, l’innocence ou encore l’individualisme. Pour définir l’esprit américain, les universitaires ont mis en œuvre une approche pluridisciplinaire. Ainsi, l’histoire, la sociologie, la littérature ou la politique ont été sollicités pour décrire au mieux les mythes de la société américaine (l’Ouest américain, la Frontière, la Destinée Manifeste…). Selon les chercheurs issus des american studies, l’Amérique était donc un ensemble de valeurs partagées qui permettait de définir le fameux esprit américain et d’unifier le pays malgré le melting-pot. L’histoire américaine devait être mythifiée afin de forger une identité nationale forte. Cette dernière était évidemment représentative de l’idéologie WASP, et elle était censée permettre l’union du pays en dépit des clivages sociaux et ethniques.

Cette conception de la nation a fonctionné durant de nombreuses années (le melting-pot), mais elle a commencé à se fissurer progressivement devant les multiples contradictions de la société outre-Atlantique.

Cette conception de la nation a fonctionné durant de nombreuses années (le melting-pot), mais elle a commencé à se fissurer progressivement devant les multiples contradictions de la société outre-Atlantique. Comme l’a remarqué Marc Ferro, les Etats-Unis sont passés de l’idéologie du « melting-pot » (où la guerre civile est envisagée comme fondatrice de la cohésion sociale) à celle du « salad-bowl », qui conteste la théorie de la nation unie et met en avant l’idée de cultures variées sur un même territoire. De fait, la crise sociétale des années 1960 et 1970 aux Etats-Unis va bouleverser durablement les fondements de la société. Les mythes américains vont être définis comme étant ceux de la majorité blanche hétérosexuelle des élites du pays. La contre-culture va vouloir déconstruire cette histoire mythifiée afin d’accorder une place légitime aux minorités qui forment la société américaine.

C’est ainsi que les american studies vont progressivement laisser leur place aux cultural studies, exportées par les chercheurs anglais aux EtatsUnis avec l’apparition de divers départements soulignant le caractère hétérogène de la civilisation américaine. On peut notamment citer les african american studies, les gender studies, les queer studies, les native american studies, les jewish studies

Les cultural studies vont se démarquer des american studies en ne s’intéressant plus aux grandes œuvres, mais à la culture populaire et à la réception des œuvres par le public. Hollywood, de nos jours, est évidemment très influencé par cette nouvelle idéologie qui promeut les minorités, et plusieurs films vont totalement renverser la traditionnelle vision triomphante du mâle blanc hétérosexuel. Par exemple, le western va subvertir l’habituelle vision manichéenne qui magnifie le cow-boy blanc face à la menace de l’indigène violent et sauvage. Cette description simpliste commencera à changer à partir des années 1960. Des films comme Little Big Man (1970) d’Arthur Penn ou Soldat bleu (1970) de Ralph Nelson vont plutôt mettre en avant les massacres de l’armée américaine et les habituels « bourreaux » des histoires de cow-boy vont devenir les « opprimés ».

Western

Thibault Isabel : Le vieux discours hollywoodien s’avérait sans doute injuste à beaucoup d’égards, en ce qu’il donnait l’ascendant aux catégories dominantes de la population, débouchant ainsi sur une tyrannie culturelle de la majorité. Pour autant, l’opinion américaine n’a jamais été aussi laïque, assimilationniste et universaliste qu’en France, et le discours progressiste, au lieu d’arraser les différences, a donc toujours plutôt cherché à redonner une visibilité aux minorités tenues à l’écart. Mais il s’agissait simplement autrefois de restituer une juste place aux minorités à l’intérieur du corps national et démocratique. On peut avoir l’impression aujourd’hui que, l’individualisme aidant, on revendique pour les minorités le droit à l’exclusion plutôt que le droit à l’inclusion. On veut que les minorités soient reconnues, mais non qu’elles s’intègrent dans un grand ensemble. La reconnaissance ne se conjugue donc plus avec la solidarité active et l’exercice concret de la citoyenneté : la liberté privée comme licence individuelle l’emporte sur la liberté publique comme puissance d’agir au milieu des autres. Et je note au passage que les revendications communautaristes agressives viennent peut-être d’abord et avant tout des jeunes blancs bourgeois des universités – plus parfois que des « minorités » elles-mêmes. Que pensez-vous de cette analyse ? Le discours des cultural studies, tel qu’il est assumé par l’industrie hollywoodienne, repose-t-il en définitive sur une exigence d’inclusion ou d’exclusion ?

David Da Silva : La mise en avant du « Moi » individualiste s’accorde parfaitement avec la société outre-Atlantique – une culture de l’égoïsme qui rappelle les analyses de Christopher Lasch, dès la fin des années 1970, dans son célèbre ouvrage La culture du narcissisme. Le sociologue y développe le triomphe d’un narcissisme fondé principalement sur la simple affirmation de sa valeur et sur un droit à la reconnaissance basé sur l’unique fait d’exister. Selon Lasch, ce serait la base d’un égalitarisme dangereux (droit à avoir un diplôme, un enfant…) et non d’une légitime égalité de droits (voter, travailler…). Il est évidemment indispensable que chaque minorité soit traitée dignement, comme n’importe quel individu dans la société. Les nombreuses avancées sociétales en Amérique sont donc parfaitement appréciables d’un point de vue historique. Toutefois, ce que je pointe du doigt dans ce livre, ce sont plutôt les dérives qui ont découlé de ces acquis, à partir du milieu des années 1980, et du récurrent conflit de minorités qui gangrène désormais l’Amérique.

Les cultural studies vont être à l’origine du développement du politiquement correct dans les universités et à Hollywood. Progressivement, de nouveaux enseignements sont mis en place : women studies, black studies, gay ou lesbian studies.

Ainsi, ce qui était au départ nécessaire pour démontrer l’hégémonie idéologique des american studies est devenu en réalité une norme étouffante. Impossible désormais de nuancer, de contextualiser ; il faut absolument se soumettre à la nouvelle idéologie hégémonique des cultural studies. Alors qu’elles sont censées combattre l’hégémonie idéologique de la majorité et sa représentation culturelle (c’est-à-dire une vision masculine blanche hétérosexuelle), elles sont devenues la nouvelle doxa du champ intellectuel américain.

Enfin, les cultural studies vont être à l’origine du développement du politiquement correct dans les universités et à Hollywood. Progressivement, de nouveaux enseignements sont mis en place : women studies, black studies, gay ou lesbian studies. Depuis, il faut donc sans cesse faire en sorte de ne jamais heurter les sensibilités des minorités par des paroles « déplacées ». Il serait ainsi inconcevable aujourd’hui de refaire le film Braveheart (1995) de Mel Gibson. De toute évidence, il suffit de comparer l’œuvre avec Sophie Marceau et sa suite non officielle, Outlaw King : Le roi hors-la-loi (Outlaw King), réalisée par David McKenzie en 2018, pour s’en rendre compte.

Little Big Man, politiquement correct

Thibault Isabel : En 2018, le studio tchèque Warhorse a produit un jeu vidéo magnifique et très adulte intitulé Kingdome Come : Deliverance, dans lequel on dépeignait un Moyen Age historique réaliste. Ce studio s’est exposé à des critiques extrêmement virulentes parce que son jeu ne mettait en scène aucun personnage noir. Il est bien sûr difficile de comprendre de telles critiques, qui ne font pas grand cas du réalisme historique. Le souci de promouvoir la représentation des minorités – que je ne rejette pas du tout quand il est justifié – aboutit donc semble-t-il à un déni pur et simple de l’histoire au sein de beaucoup de grands médias, et même dans l’opinion publique. Avez-vous constaté le même désir de réécriture de l’histoire à Hollywood, concernant la représentation des groupes ethniques, des femmes, des orientations sexuelles, etc. ?

David Da Silva : Prenons l’exemple de la Guerre de Sécession : avec l’influence des african american studies, elle va progressivement se résumer à la seule question de l’esclavage.

Si l’on avait voulu étudier le conflit sérieusement, on aurait rappelé que le Nord, basé sur le salariat, combattait le Sud esclavagiste : deux modèles économiques s’affrontaient en réalité et Lincoln a toujours défendu l’idéal américain du travail libre.

Pour s’en rendre compte, il suffit de revenir sur l’un des innombrables films qui entreprennent de simplifier une situation historique en réalité bien plus complexe que ce que l’on veut bien aujourd’hui nous expliquer. Le long-métrage Lincoln (2012) de Steven Spielberg nous explique la guerre de Sécession uniquement sous le prisme de l’égalité entre les Blancs et les Afro-Américains. Le scénario se concentre sur les derniers mois de la vie du seizième président des Etats-Unis. Ce dernier a été assassiné quelques jours après la fin de la guerre de Sécession par John W. Booth, en 1865. Le film est particulièrement lent et bavard, mais l’interprétation de Daniel Day-Lewis permet sans doute de maintenir l’intérêt du spectateur. On remarquera cependant que le film élude la notion économique de la guerre de Sécession. Si l’on avait voulu étudier le conflit sérieusement, on aurait rappelé que le Nord, basé sur le salariat, combattait le Sud esclavagiste : deux modèles économiques s’affrontaient en réalité et Lincoln a toujours défendu l’idéal américain du travail libre, c’est-à-dire l’idée qu’un homme puisse librement choisir son travail et le lieu où l’exercer. Il y avait aussi en filigrane l’idée que l’ouvrier accède à l’autonomie en travaillant de manière indépendante. C’est notamment cette croyance dans le mythe du self-made man qui va pousser Abraham Lincoln à refuser l’esclavage dans le Sud des Etats-Unis.

Lincoln

Thibault Isabel : Il faut malgré tout reconnaître que les cultural studies, en dépit de leurs excès, ont réagi à la vision quasi mythologique de l’Amérique autrefois prodiguée sur les écrans hollywoodiens. Etes-vous d’accord pour dire que cette vieille lecture de l’histoire, désormais jugée patriarcale et ethnocentrée, ne faisait pas preuve d’une plus grande rigueur historique que les films « progressistes » actuels ? Et y avait-il jadis des cinéastes qui subvertissaient les codes dominants pour introduire un discours alternatif sur les races, les femmes, l’homosexualité, etc. ?

David Da Silva : Les exemples sont nombreux. Un film historique comme Ben-Hur (1959) de William Wyler pouvait traiter de l’homosexualité avec finesse, seulement en laissant entendre que Ben-Hur (Charlton Heston) et Messala (Stephen Boyd) aurait eu une relation amoureuse durant l’adolescence et que, ensuite, leur rivalité était due à la frustration de Messala lorsque Ben-Hur l’a éconduit. Ce sous-texte gay est l’œuvre du scénariste Gore Vidal, un auteur homosexuel qui a travaillé sur le scénario initial de Karl Tunberg et qui s’est amusé à imaginer cette relation entre les deux hommes.

Ce sous-texte gay est l’œuvre du scénariste Gore Vidal, un auteur homosexuel qui a travaillé sur le scénario initial de Karl Tunberg.

On peut préciser que le remake de 2016, réalisé par Timur Bekmambetov avec Jack Huston, laisse totalement de côté cette ambiguïté entre les deux personnages. De fait, le cinéaste russe a choisi d’en faire des frères (Messala a été adopté) et cela a évidemment suscité de nombreuses controverses lors de sa sortie en salles.

David Lean a aussi décidé de laisser aux spectateurs le soin de se faire sa propre idée sur les orientations sexuelles de T.E. Lawrence, celui qui est devenu espion au Sinaï en 1914 et qui a réussi, de 1916 à 1918, à unir les différents peuples arabes contre l’Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale. Dans son célèbre film Lawrence d’Arabie (1962), le cinéaste anglais contourne subtilement la censure de l’époque en jouant avec l’ambiguïté, avec une promiscuité des hommes dans le désert et une absence de femmes, qui flirtent ouvertement avec l’homosexualité. D’autres films ont agi de la même façon avec les femmes (Les Croisades de Cecil B. DeMille en 1935) ou les Afro-Américains (l’association Will Rogers- Stepin Fetchit dans les films de John Ford).

Politiquement correct, le passé remanié

Thibault Isabel : Tout le cinéma hollywoodien s’est-il aujourd’hui converti aux cultural studies ? J’ai le sentiment que la plupart des blockbusters cherchent surtout à adopter un discours consensuel, susceptible de plaire au plus large public possible, qu’il soit progressiste ou conservateur. Et, pour le reste, si le monde hollywoodien est très clairement animé par des idéaux progressistes, j’imagine qu’on trouve encore quelques poches de résistance alternatives sur les écrans de cinéma américains. Jusqu’à quel point y a-t-il encore vraiment selon vous une part de diversité idéologique à Hollywood ?

David Da Silva : Oui, un réalisateur comme Clint Eastwood refuse de céder au politiquement correct, par exemple. Ainsi, il a décidé de porter à l’écran un épisode célèbre de la Seconde Guerre mondiale avec Mémoires de nos pères en 2006. L’œuvre, interprétée notamment par Ryan Phillip, Adam Beach ou Paul Walker, raconte comment, après plusieurs jours d’une sanglante bataille à Iwo Jima, cinq marines et un infirmier de la Navy hissent ensemble le drapeau américain au sommet du Mont Suribachi, qui vient tout juste d’être repris aux Japonais.

Un réalisateur comme Clint Eastwood refuse de céder au politiquement correct, par exemple.

L’inévitable Spike Lee va s’emporter contre le long-métrage en s’appuyant sur les critical white studies ; selon lui le film présente des soldats blancs en oubliant de montrer à l’écran des Afro-Américains. Finalement, la question reste de savoir si cette intervention de Spike Lee est pertinente. Tout d’abord, contrairement à ce que Spike Lee affirme, des marines noirs, y compris une unité entièrement noire, apparaissent dans plusieurs scènes du film de Eastwood (mais l’a-t-il seulement regardé ?) au cours desquelles la mission est décrite. Pendant le générique de fin, des photographies historiques prises lors de la bataille d’Iwo Jima montrent des marines noirs. Bien que les marines noirs aient combattu dans la bataille, ils étaient limités à des rôles auxiliaires, tels que la fourniture de munitions, et n’étaient pas impliqués dans les assauts majeurs de la bataille. La polémique semble donc vaine, mais Spike Lee est là pour ça : accentuer les tensions communautaires aux Etats-Unis. D’ailleurs, il doit être secrètement heureux que Donald Trump soit au pouvoir, car il avait de grandes difficultés pour financer ses films avant l’arrivée au pouvoir du milliardaire. Maintenant, il est redevenu important à Hollywood et il a même remporté un Oscar…

Politiquement correct

Thibault Isabel : La mainmise globale des cultural studies sur Hollywood sert bien sûr une visée militante, qui relève à ce titre, comme tout militantisme, d’une forme de propagande. Cette mainmise n’a pourtant pas empêché Donald Trump d’être élu en 2016 devant Hillary Clinton, qui avait les faveurs de l’intelligentsia culturelle du pays. La propagande hollywoodienne est-elle en somme efficace ?

David Da Silva : Hollywood est fidèle aux idées démocrates depuis le New Deal (Franklin Delano Roosevelt et le soutien de nombreuses vedettes hollywoodiennes dont Will Rogers), et les stars ont accompagné le basculement idéologique du parti : de la défense des travailleurs à celle des minorités à partir des années 1990. Un choix payant avec Bill Clinton ou Barack Obama, soutenu par une large majorité des acteurs et réalisateurs américains, mais qui ne s’accorde plus avec les préoccupations de nombreux électeurs : la Rust Belt (la ceinture de rouille qui regroupe des Etats comme l’Ohio, le Wisconsin, la Pennsylvanie et le Michigan) a été décisive dans l’élection de Donald Trump avec de nombreux ouvriers au chômage. Hollywood a donc décidé de s’aligner sur les cultural studies, avec une priorité axée sur les minorités à Hollywood (dans la mouvance de #MeToo ou de Black Lives Matter) : je pense à des films comme Scandale ou BlacKkKlansman (qui montrent explicitement à l’écran des images d’archives de Donald Trump) et des séries qui mettent en avant le danger des fondamentalistes chrétiens, avec des dystopies comme La servante écarlate ou The Loudest Voice, où l’on décrit les coulisses de Fox News.

Mais le peuple américain, qui souffre de problèmes économiques graves, n’est plus vraiment sensible à ces messages. Finalement, Hollywood prêche surtout les convaincus. Pour caricaturer, on peut dire qu’il y a Hollywood, représentant les côtes Est et Ouest – c’est-à-dire les gagnants de la mondialisation – contre l’Amérique du « milieu », qui subit de plein fouet les effets néfastes de la globalisation. Mieux vaudrait pourtant rappeler que, lorsqu’une usine ferme, les ouvriers (blancs, femmes, noirs, homosexuels…) subissent la même violence sociale sans distinction identitaire.

 

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Le passé remanié

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